samedi 28 avril 2018

Quatre jours à Londres avec des péteuses


La semaine dernière, je suis allée à Londres avec Sarah et Gaëlle.

Si tu demandais à Gaëlle ce qu'elle a fait pendant ces quatre jours, elle te répondrait sûrement :

J'ai pris l'avion pour la première fois de ma vie (et j'ai eu moins peur que Sarah qui le prenait pour la millième fois). J'ai vu Westminster Abbey, le Parlement, pas Big Ben parce qu'il était en travaux mais bon on peut pas tout avoir, les lions de Trafalgar Square, la Tour de Londres, et Tower Bridge.

J'ai monté les huit cent marches de la cathédrale de Saint Paul plus vite que tout le monde et pourtant c'est moi la fumeuse, c'est dire si mes amies sont des grosses loques.


(Et la vue d'en haut était, bon, SYMPA.)

J'ai traversé le Millenium Bridge en essayant d'ignorer Sarah qui courait à côté de moi en criant :

- Course de balais! Zoum! Zoum! Expelliaramus!

J'ai mangé des fish &chips et bu de la Guinness, j'ai même participé à un Pub Quiz alors qu'on comprenait rien à ce que le gars marmonnait dans son micro.

Je me suis levée aux aurores tous les matins pour aller chercher le petit déj pour mes copines, et non ça n'a rien à voir avec le fait que je descendais fumer de toute façon, j'aurais pu faire ma crevarde et à la place je leur ai ramené des escargots à la cannelle tous les jours, alors hein.

J'ai critiqué le look de beaucoup de gens, mais en même temps, le mec qui avait un lampion sur la tête, il l'avait quand même un peu cherché.

J'ai vu un mec devant la Tate Modern prendre une photo d'une banane sur un pont et je m'en suis toujours pas remise.

(POURQUOI??!)

D'ailleurs Charlotte nous a traînées à la Tate Modern et je m'en suis toujours pas remise.


(Cette sculpture avec un chariot et des bouts de glaise par terre, on en parle?)

(Et trop merci la description qui nous a informé que "le chariot représente une chèvre", ça nous a vachement aidées.)

J'ai marché 12 kilomètres par jour mais avec mes jambes d'un mètre vingt, c'était facile.

Je me suis tapée l'affiche à la comédie musicale du Roi Lion parce que mes deux copines qui n'ont jamais fait leur deuil de Mufasa ont pleuré comme des madeleines tout le long du spectacle.

Mais au final, c'était quand même vachement cool.


Si tu me demandais à moi ce qu'on a fait pendant ces quatre jours, je te dirais:

J'AI DÉPENSÉ TOUTE MA THUNE.

Clairement, c'était pas une bonne idée de faire toutes mes facturations du trimestre juste avant de partir, parce que je suis partie à Londres en mode "zéro limites".

Et partout où on allait, j'achetais des trucs.

A notre arrivée, on est allées se promener sur Portobello Market, et j'ai acheté une bague, une paire de boucles d'oreilles, et une boussole en cuivre trop jolie qui était présentée dans une petite boîte en bois (et du coup, franchement, c'est une affaire, vu que j'aurais acheté la boîte seule de toute façon).

(Plus tard, Sarah et Gaëlle m'ont appris qu'il y avait une boussole sur mon smartphone.)

(Oui mais est-ce qu'elle est présentée dans une jolie boîte en bois?)

C'était pas mal pour le premier jour, déjà.

Mais ensuite les jours ont continué à passer, et moi par contre je me suis pas arrêté de claquer mon fric.

Le dimanche à Brick Lane, j'ai acheté un trench coat:


Le lundi à Camden Market, j'ai acheté des sous-verres Game of Thrones :


Le mardi, on est allées à Primark, alors évidemment j'ai acheté des chaussettes, un pyjama, une robe, un jean, deux hauts, une pince à cheveux, et à peu près mille culottes (mais elles étaient trop jolies et avec des petites rayures):


Et ensuite on est allées à H&M et je me suis jurée que j'allais plus rien acheter, et à la place je suis ressortie avec un jean, deux T-Shirts et un blazer:


(Mais au moins j'ai pas craqué devant le rayon Harry Potter du Primark.)

(Même si j'ai quand même mis un pyjama Ravenclaw dans mon panier avant de me dire "attends, Charlotte, déconne pas, t'es même pas une vraie fan putain".)

Mais bon, il n'y avait pas que le démon du shopping qui a pris possession de moi pendant ce séjour : il y avait aussi un démon intérieur qui m'a fait parler des langues latines pendant mon sommeil.

Je m'explique : quand il s'agit de dormir, je suis pas la meuf la plus chill du monde.

Concrètement, je gigote beaucoup, je parle, je rigole (quasiment toutes les nuits, d'après Professeur Flaxou qui trouve ça très flippant), et j'ai même occasionnellement des crises de somnambulisme qu'on croirait que c'est intéressant, mais en vrai je me réveille juste sur le canapé avec une crampe dans la nuque et des bleus sur les tibias.

Et comme on partageait une chambre à trois (et que je partageais un lit avec Sarah), j'ai prévenu les filles le premier soir que je ferais de mon mieux pour pas gigoter dans le lit "comme un chien quand il rêve qu'il pourchasse un lapin" (Flaxou dit que c'est à ça que je ressemble), mais qu'elles ne s'alarment pas si elles m'entendaient rire, parler, ou me balader dans le noir.

(La réaction de Gaëlle et Sarah)

J'ai passé une super nuit, et le matin venu, je me suis réveillée devant la tête hilare de Sarah :

- Qu'est-ce qu'il y a? J'ai rigolé en dormant, c'est ça?
- Alors, déjà, oui, mais t'as fait bien mieux.

Et Sarah m'a alors raconté qu'au milieu de la nuit, je l'avais réveillée en rigolant, puis que je m'étais soudain exclamé :

- Attends! Je vais aller chercher du chocolat!

Et qu'ensuite, j'avais rigolé de nouveau, puis j'avais crié:

- TCHO-CO-LA-TÉÉÉÉ ! 

Avant de me mettre immédiatement à ronfler.

Ça l'a beaucoup fait rire, moi ça m'a passablement terrifiée, d'autant plus que WHAT THE FUCK J'AI FAIT ALLEMAND LV2 POURQUOI MON SUBCONSCIENT CAUSE EN ESPAGNOL ??!

(Par contre, au niveau des thématiques, on est bien raccord.)

(Le chocolat c'est la vie.)

Bref, tu t'en doutes, Sarah m'a appelé "Tchocolaté" tout le séjour, et s'est plaint moult fois que c'était pas évident de dormir à côté de moi.

(Ouais, enfin moi je trouve aussi ça difficile de dormir à côté d'une certaine personne qui me pète dessus et envahit mon espace vital pendant la nuit, mais tu me vois pas me plaindre.)


(Bon, d'accord, je me plains un petit peu sur Snapchat, mais c'est tout.)

Mais au final, c'était quand même vachement cool.


Et enfin, si tu demandais à Sarah ce qu'elle a fait durant ces quatre jours, elle te répondrait:

J'AI DORMI.

J'AI DORMI PARTOUT.

J'AI DORMI DANS L'AVION.


J'AI DORMI DANS LE METRO.


J'AI DORMI DANS LES PUBS.


 (Mode coop enclenché!)

Mais heureusement, je suis quand même resté éveillée assez longtemps pour faire tous les trucs que j'aime : boire des cappuccinos, me plaindre de l'art moderne, dire des méchancetés sur les gens dans la rue, dire des méchancetés sur les gens dans les cafés, et dire des méchancetés sur les gens dans le métro:

- Tiens Sarah, y'a une place assise qui se libère, là, si tu fais vite...
*une nana s'assied*
- Nan, c'est bon, je laisse ma place aux moches.


(TOUT LE MONDE PARLE FRANÇAIS DANS CETTE VILLE ET CLAIREMENT JE M'EN BATS LES COUILLES.)

J'ai quand même rattrapé ce tapage d'affiche en tuant tout au pub quiz grâce à mon amour immodéré des énigmes:

- C'est quoi ça?
- C'est une série de numéros qui représentent des lettres, il faut trouver des typ...
- C'EST POUR MOI !

J'ai aussi été traînée dans un restau indien par Charlotte, et on a super bien mangé, même si on est rentrées à l'appart en se tenant le bide:

- Pourquoiiii?
- Pourquoi c'est tellement louuuurd?
- Pourquoi je m'arrête pas de péteeeeeer? 

(En même temps, j'avais mangé un butter chicken avec un verre de lassi – ce qui est plus ou moins l'équivalent de manger un bol de crème chaude, avec un verre de crème froide.)

Et puis j'ai traumatisé mes copines avec mes histoires de pets :

- Je pète tellement... quand j'aurai des enfants, je leur péterai carrément sur la tronche.
- ....
- Quoi? Vous, vos parents, ils vous pétaient pas dessus?

Et c'est ainsi que j'ai appris à mes amies effarées que, dans ma famille, tous les parents pètent sur leurs enfants.

- Mon grand-père il disait à ma mère : "donne-moi ta main, je te donne un cadeau". Et après, il lui pétait sur la main. 


- Quoi? C'est normal !


(Comment te dire....)

Et les révélations ne s'arrêtaient pas là.

- Quand j'étais petite, je mettais ma tête sur les fesses de ma mère, pour regarder la télé. Et je lui disais "si tu dois péter tu me préviens, hein!" Et elle faisait "oui oui" et après elle pétait sur mon visage et elle rigolait.


- Mais, alors, sérieusement, vos parents ils faisaient pas ça ??!

(RIP mon enfance)

Mais au final, c'était quand même vachement cool.


Epilogue:

- Flaxou, devine combien de fois j'ai pleuré à la comédie musicale du Roi Lion?
- Trois?
- Cinq!
- Ma pauvre.
- Oui, ils avaient rajouté des scènes vachement émouv...
- Non mais en fait je parlais à Gaëlle, là.


Epilogue, la revanche:

samedi 31 mars 2018

Sorcière, sorcière, prends garde à ton derrière

Coucou les loulous!

Je m'excuse pour cette longue absence, mais en ce moment, c'est le calme plat dans ma vie, donc j'ai rien à raconter.

Rien, si ce n'est ce bouquin HALLUCINANT sur lequel je suis tombée lors de ma dernière virée en librairie, et qui était tellement ouf que je ne résiste pas à l'envie de te le résumer.


Alors, oui, je sais, c'est un ouvrage de niche, mais attends deux secondes tu vas voir c'est cool.

L'auteur, Rodolphe Reuss, est surtout connu pour être le terminus de la ligne C du tram de Strasbourg (3615 blague locale), et pour les intellos, c'est aussi un historien du XIXè siècle qui s'est notamment spécialisé dans l'histoire alsacienne.

Et donc, en 1871, alors que l'armée Prussienne ravage Strasbourg après la fin de la Guerre Franco-Allemande (et que l'Alsace, alors française, est redevenue allemande) (elle le restera jusqu'en 1918, à la fin de la Première Guerre Mondiale), Rodolphe Reuss est sur place, et il a le seum.

Il a le seum grave, même, parce que les Prussiens ont foutu le feu à la bibliothèque lors du bombardement de la ville, ce qui a provoqué la perte de plein d'ouvrages, non seulement super vieux, mais aussi extrêmement rares. (Et ça, t'imagines que pour un historien, y'a de quoi se foutre en rogne.)

Du coup, pour oublier les tourments de l'époque, Rodolphe se plonge dans son travail et se tourne vers le passé, et notamment une époque pas trop jojo : celle des procès de sorcellerie.


(Exactement ça.)

Il rédige donc ce bouquin, qui répond aux questions suivantes : Comment devient-on sorcier ou sorcière? De quels pouvoirs disposent les sorcières? Comment se déroulait le sabbat? Comment se passaient les procès des sorcières? Et, enfin, comment est-ce que tellement de gens ont cru à ces histoires de pouvoirs démoniaques au point de brûler vifs des milliers (oui oui, des MILLIERS) de personnes rien qu'en Alsace?

Pour ses recherches, l'ami Rodolphe se base principalement sur les archives de procès, et sur un bouquin de l'époque, le Malleus maleficarum (on dirait pas trop un nom de groupe de metal gothique?), qui pose déjà bien le ton dans sa vibe "les femmes, ces connasses":



(Mais oui! Le vrai latin, c'est pour les mous du gland!)

(Pour la petite histoire : oui, certes, l'étymologie du mot "femme" a été discutée, mais plutôt discutée dans le sens "est-ce que femina est un participe passé ou un participe présent", ce genre de discussions, t'vois.)

Bref bref, après cette trop longue intro, commençons à résumer ce bouquin.

Si je devais résumer le livre en une phrase, en fait, ça serait :

Etre une sorcière, cette putain de grosse arnaque.

Parce qu'en fait, même avant de parler des procès, rien que sur le fait de devenir une sorcière, tu te fais grave enfler.

Mais au fait, comment on devient une sorcière au Moyen Age?

(Petit aparté : le livre parle des XVIè et XVIIè siècles, qui techniquement se situent bien après le Moyen Age, vu qu'on a déjà l'imprimerie, le Roi Soleil, Jean de la Fontaine et ses petites fables passives-agressives, l'encyclopédie de Diderot, et Léonard de Vinci qui invente l'hélicoptère 450 ans en avance (aparté dans l'aparté : on est tous d'accord que Léonard de Vinci est un voyageur temporel? Non? Juste moi?) donc oui, on n'est plus au Moyen Age, mais DUDE ON BRÛLE DES GENS VIVANTS, donc tu m'excuseras si j'utilise encore le terme de "Moyen Age" dans cet article, parce que ça me ferait franchement trop mal de dire "Age de l'Humanisme" dans une histoire qui parle de BRÛLER DES GENS VIVANTS)

Bref bref Brejnev.

Pour devenir une sorcière, donc, c'est plutôt logique : il faut vendre son âme à Satan.

Par contre, là où c'est un peu décevant, c'est que y'a même pas besoin d'invoquer Lucifer, en mode "j'allume des cierges noirs et je trace un pentacle par terre avec le sang d'un bouc", ou autres trucs qu'on aurait vu dans Supernatural.


(Oui, tu te fais chier pour rien, Rowena)

En fait, il suffit d'être frustrée de la vie une seule fois (et je pense que quand on est une femme au putain de Moyen Age, ça doit arriver relativement souvent) (rapport au fait que c'était encore légal pour ton père de te vendre à des inconnus contre de l'argent ou une vache, tout ça), et pouf! Satan vient cash t'offrir ses services.

(Donc, pas la peine d'aller enterrer des ossements à minuit à un carrefour au milieu du maïs, ou que ne sais-je.)

Le Diable apparaît sous des traits humains; des fois des gens que les nanas connaissent, mais le plus souvent, sous les traits d'un bel inconnu.

Petit aparté pour mes soss' alsaciens : si vous avez l'un de ces noms de famille, félicitations, vous êtes d'engeance démoniaque, c'est plutôt la classe :


 (Faites quand même gaffe aux gens qui voudraient vous brûler, on sait jamais)

Le Diable propose donc aux femmes (des fois aux hommes, mais ils sont une très petite minorité) de les initier aux mystères de la sorcellerie; en échange, les femmes doivent lier leur âme à Satan, et lui promettre un tas de choses : de venir au sabbat une fois par an (le sabbat, c'est comme une sorte d'AG démoniaque), de mentir à la confession, et plein d'autres choses abominables, comme... manger de la viande le vendredi.


(V'là pour le mal incarné, quoi.)

Une fois que les sorcières ont promis de répandre le chaos en faisant des trucs aussi fifou que bouffer une côtelette, le Diable leur fait signer un contrat où il précise le nombre d'années où il leur accorde le privilège d'exercer leur magie. Mais comme c'est le Diable, il aime bien les karna en grattant l'un des chiffres (romains) une fois le contrat signé, comme ça c'est genre : ha ha ! Tu pensais pouvoir être une sorcière pendant vingt ans? LOL NOPE, dans dix ans ton âme est à moi.

(Mais en même temps, c'est Satan, donc est-ce qu'on est vraiment surpris?)

Ce qui est vraiment surprenant, par contre, c'est à quel point les pouvoirs des sorcières étaient pourris. Parce que bon, c'est des gens qui sont censés être les agents employés par Satan pour répandre le mal sur terre, donc on pourrait croire que Satan leur filerait des pouvoirs un peu cools. Non? Non.

En fait, dans la majorité des procès, les accusations de "sorcellerie" se portent sur des histoires de maladies mystérieuses qui auraient frappé les hommes ou le bétail, et qui s'avèrent au final être, soit des maladies normales, soit des cas d'empoisonnement, et excuse-moi mais est-ce que ça vaut vraiment le coup de vendre son âme au Diable si c'est pour finir par verser du mercure dans la tasse d'un gus comme le dernier des ploucs? Je ne crois pas.

Pareil pour une autre accusation commune aux procès, celle d'avoir ruiné des récoltes: en gros, on pensait que les sorcières avaient le pouvoir d'invoquer des tempêtes, du brouillard, des orages de grêle, etc.

Alors on ne va même pas parler de la facilité de blâmer les sorcières dès qu'il pleut un peu trop (on dirait ma mère qui blâme tous les maux de la terre sur les jeux vidéo), mais ce qui me tue, c'est le fait que, dans la croyance populaire, on pouvait contrer ces sortilèges en faisant sonner les cloches du village. Et... c'est tout.

MAIS?

MAIS VOUS BRÛLEZ DES GENS POUR QUOI, AU JUSTE?

Parce que là, entre les "sorts" qui sont en fait juste des empoisonnement à la belladone, et les "sorts" qu'on peut contrer tellement facilement qu'il suffit de faire sonner une pauvre cloche, vous avez peur de quoi, en fait?

Sans déconner, ce qui m'a le plus choqué en lisant ce livre, c'est pas tant la croyance aux sorcières et aux maléfices (on parle quand même du Moyen Age), mais le fait qu'on avait tellement peur de sorcières TELLEMENT NULLES.

J'veux dire, dès qu'elles ont un pouvoir un peu cool, y'a un "mais" qui rend ça pourri. Genre, y'a des histoires de sorcières qui se changent en animaux, a priori c'est un pouvoir qui pète la classe. Mais ensuite, le bouquin nous explique qu'elles peuvent pas se re-changer en humains quand elles veulent! Et du coup, y'a des histoires ridicules comme celle d'une sorcière de Sélestat qui se change en cheval (alors déjà, pourquoi un animal aussi pourri?) (chais pas, moi, change-toi en loup!) (c'est quand même pas à moi de t'apprendre ton métier, merde) et ensuite elle arrive pas à se retransformer en humaine à temps, et ELLE SE FAIT FERRER.


(Déplorable, 0/20, Harry Potter sans ses lunettes aurait fait mieux)

Bref, comme le résume Ro-ro: 


(Merci.)

Bon, maintenant qu'on a parlé des superstitions de l'époque, passons aux choses sérieuses : les procès.

Alors, un petit point intéressant : les procès du XVIè et XVIIè siècle sont techniquement gérés par des tribunaux laïcs, et pas directement par l'Eglise.

(Même si bon, voilà, on était quand même bien avant la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat, et donc le clergé catholique et protestant participait quand même de vachement près à tous les procès, ainsi qu'aux séances de torture.) 

Qui retrouvait-on dans les procès de sorcellerie? Eh bien, selon Rodolphe, absolument tout le monde – riches, pauvres, nobles, commerçants, paysans, clochards, gens de la ville ou de la campagne, et même membres du clergé – personne n'était à l'abri, c'était la paranoïa totale:


Aux procès, on trouve des hommes, des enfants aussi (eh, on n'est plus à ça près, non?) mais surtout, surtout des femmes.

Pourquoi principalement des femmes? J'ai envie de répondre "parce que le patriarcat, comme toujours" mais je vais élaborer juste un poil:

D'abord, l'Eglise de l'époque était pas ultra-copine avec les femmes en général, et il était "connu" au sein des gens de foi que les femmes étaient plus faibles d'esprit que les hommes, et donc plus susceptibles aux influences du Malin.


Et puis bon c'était pas que les gens d'église, hein, c'était un peu la fête de la misogynie à l'époque, et c'est donc logique qu'on rencontre souvent des femmes au banc des accusées – notamment parce que l'un des pouvoirs présumés les plus importants des sorcières, c'était la capacité à faire tourner les têtes des hommes.


(Pense "philtres d'amour" et autres sortilèges à base de mèches de cheveux.)

En plus de leurs facultés de rendre les hommes fous d'eux, les sorcières étaient également réputées pour lancer des sorts d'impuissance et d'infertilité à leurs victimes.

Rodolphe Reuss nous raconte d'ailleurs que c'était chaud pour un homme frappé d'un tel sortilège de trouver qui l'avait maudit, et qu'il devait alors procéder à un petit examen de sa vie:


Et j'imagine qu'ensuite il va trouver la nana pour s'excuser et demander qu'elle lève le sort...


AH OUAIS D'ACCORD VOUS ETES TOUS DES MALADES OKAY PARFAIT.

Une autre raison pour la présence massive de femme sur le banc des accusées, c'était le fort taux de mortalité infantile, qu'on expliquait à l'époque facilement (vu qu'on ne connaissait pas la médecine ni l'hygiène) : bébé mort = sage-femme sorcière. (Et évidemment, il n'y avait pas d'hommes accoucheurs, donc forcément, surreprésentation de femmes à ces procès.)

Et comme on va le voir, il y avait même pas besoin d'un cadavre à la clé. En fin de compte, il suffisait de très peu pour se faire accuser de sorcellerie – ci-dessous, certaines des accusations révélées dans les archives des procès alsaciens : 

- visage repoussant (merci)
- a proféré des paroles menaçantes contre autrui dans un moment de colère (super)
- bruit insolite dans la maison (sérieusement)
- présence d'un animal domestique soupçonné d'être Satan déguisé (vous avez fumé)
- médicaments étrange dans une armoire (c'est carrément Desperate Housewives)
- paroles murmurées pendant le sommeil (putain c'est la police du rêve, c'est 1984)

Et, COMME S'IL N'Y AVAIT PAS ASSEZ DE BALANCES PARTOUT, la source première de mise en examen des sorcières, ça reste les "aveux" des autres sorcières, à qui on demande, lors de leur procès, de dénoncer toutes les autres adeptes de Satan qu'elle connaissent – dénonciations qui vont, selon les procès, de quinze à soixante personnes, donc l'effet boule de neige se pose là.

Et c'est super bien fait, parce qu'elles ont même pas besoin de nommer des gens elles-mêmes : le tribunal a déjà une liste des gens suspects, et ensuite, il suffit de lire les noms à la sorcière pour qu'elle réponde par "oui" ou par "non".

Et si elle répond "non" à tous, on la torture jusqu'à ce qu'elle dise "oui".


(DU GÉNIE)

Imagine le temps qu'on gagnerait en instruction si tous les procès se déroulaient comme ça!

- Et donc, Michal, c'est vous qui avez volé l'orange du marchand?
- Vous êtes fous, c'est pas moi!
- Eh ben on va vous torturer jusqu'à ce que ça soit vous.
- Et ensuite je serai libéré?
- Ah ben non! Ensuite on vous brûle.
- Et.... si je dis rien?
- On vous brûle aussi, mais plus lentement.

En fait, le procès était fait de telle manière que, dès que quelqu'un était accusé de sorcellerie, cette personne allait brûler, c'était fatal, c'était automatique, c'était inéluctable.



Du coup, c'était plutôt pratique pour les gens de l'époque : si t'aimais pas quelqu'un, hop! Tu le faisais brûler, bon débarras. Exemple particulièrement savoureux : Rodolphe Reuss cite le cas d'un fils qui accuse sa mère de sorcellerie pour toucher son héritage tout de suite, et "dans l'espoir de hâter la procédure, offre de la brûler à ses frais". 


(J'en connais une qui doit avoir le seum que la mortalité infantile ait pas chopé celui-là.)

(Aparté: je suis bien contente que ces procès n'existent plus, parce que, connaissant ma nature rancunière, je pense que j'aurais fait pas mal de victimes si j'avais vécu à cette époque.)

(RIP Aurore Meyer du CP qui avait des meilleures notes que moi, RIP Marie du CM1 qui m'a volé ma meilleure amie, RIP ma belle-mère qui m'a interdit de lécher le couteau à Nutella, RIP Dimitri en Terminale qui m'a trompée avec une meuf de Mulhouse, RIP la boulangère qui m'a un jour rendu la monnaie en disant "voilà jeune homme".)

(On est au dix-septième siècle et vous êtes tous morts, et franchement, je suis probablement morte avec vous, vu le rythme auquel vont les choses à cette époque.)

Ces procès de sorcières, c'était probablement l'un des appareils judiciaires les plus biaisés possibles : déjà, la personne qui accusait une sorcière n'avait aucune preuve à fournir ; c'était à la sorcière de réfuter les accusations, et sérieusement, va réfuter "t'es moche et ton chat on dirait Satan", sans déconner.


Ensuite, la sorcière avait théoriquement droit à un avocat, MAIS le petit souci, c'est que dans la majorité des cas, les avocats étaient jugés pour sorcellerie eux-mêmes, une fois que la sorcière avait été brûlée.

(LOL)

Le juge lisait à l'accusée les dépositions contre elles, la sorcière niait, ensuite on allait la torturer, et on lui reposait la question. Si elle niait encore, on retournait la torturer, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle "avoue" tout ce qu'on voulait.

(Et, comme le signale Rodolphe Reuss, les accusés étant souvent des femmes, et les bourreaux souvent des hommes, EVIDEMMENT ON LES VIOLAIT AUSSI, HEIN, parce que ce serait pas assez fun de SEULEMENT les brûler, les fouetter, leur arracher les ongles, leur disloquer les membres, leur broyer les articulations avec une vis, ou les empêcher de dormir pendant des jours.)

Une fois que les sorcières avaient cédé à la torture, on les reconduisait devant le juge, et la suite est franchement pas mieux:


(Ah, les inquisiteurs, ces petits taquins.)

Si la sorcière ne cédait toujours pas, on appelait souvent des prêtres (catholiques ou protestants, selon la confession de l'accusée), qui venaient lui dire que c'est bon, si tu dis oui à tout, okay on va te brûler, mais Dieu te pardonnera et t'iras au Paradis et ce sera tip top.

Si, malgré tout cela, l'accusé ne cédait pas, on était obligé de l'acquitter (tu te doutes que c'était plutôt rare), et, même innocenté, c'était pas la joie : l'accusé était souvent expulsé du pays, mais avant ça, il devait PAYER LES FRAIS DU PROCÈS.

Sans déconner!

Imagine le truc, quoi! On t'arrête pour un crime que tu n'as pas commis, on te torture des jours et des jours, et quand on te relâche, tu dois PAYER LES FRAIS DE DÉPLACEMENT DU BOURREAU! 


Si l'accusé était acquitté, la ou les personnes qui l'avaient accusé de sorcellerie n'étaient pas inquiétées par la justice du tout – sauf rares exceptions, comme nous l'explique Rodolphe :


Pour la grande majorité qui cédaient sous la torture, c'était direction le bûcher, avec aucune exception – même pour les miraculés:


(Je dirais bien que je suis choquée et déçue, mais si tu connais Thann, c'est pas vraiment une surprise.)

Une fois la sorcière exécutée, tous ses biens étaient confisqués et revenaient au fisc, qui s'en servait pour payer le salaire des magistrats et des fonctionnaires. Et, évidemment, si un membre de la famille venait réclamer des biens confisqués, devine ce qui leur arrivait? Bingo! Ils étaient accusés de sorcellerie et brûlés.


(C'était drôlement pratique, dis donc.)

En termes de chiffres, c'est super difficile d'estimer combien de personnes ont été brûlées sur toute la région Alsace (ou sur tout le territoire français, ou sur toute l'Europe) pendant ces deux siècles, mais les chiffres qu'on a font froid dans le dos : entre 1629 et 1642, on a brûlé 91 sorcières à Sélestat (ce qui fait une moyenne de 7 par an, dans une ville de même pas 5000 habitants). A Strasbourg, on parle de 5000 personnes en 20 ans. Et puis alors, à Thann, je laisse un extrait de la chronique de la ville parler par elle-même:


BON.

BON BON BON.

C’ÉTAIT BIEN DÉPRIMANT, TOUT CA.

C'était tellement déprimant que je galère grave à trouver une manière humoristique de clôturer cet article.

Du coup, je vais laisser les gens les plus drôles de l'univers (c'est les Monty Python) s'en occuper à ma place.



Voilà, j'espère que cet article t'a plu (et qu'il t'a appris plein de choses cool pour briller en soirée mondaine.)

("Ha ha, oui, les voitures sans conducteurs, un sujet passionnant, mais est-ce que vous avez lu cet article sur les procès des sorcières au dix-septième siècle en Haute-Alsace?")

Et je te donne rendez-vous bientôt pour des aventures plus joyeuses (promis).

dimanche 25 février 2018

Vis ma vie de femme des bois


Et donc ça fait quelques mois que j'habite Kaysersberg.

Kaysersberg, pour ceux ou celles qui ne connaîtraient pas (HONTE A VOUS) (c'était le village préféré des Français en 2017) (vous n'avez aucune excuse, même si vous êtes des gens de l'intérieur) (on a eu Stéphane Bern qui est venu avec la télé, et tout) Kaysersberg, donc, c'est un charmant village médiéval niché au coeur de l'Alsace, et où ma famille habite depuis des générations.

On fait tellement partie des meubles que ma mamie a sa photo au musée Schweitzer - true story.


(Bon, okay, c'est techniquement une photo d'Albert Schweitzer et il s'avère qu'elle est aussi dessus, MAIS QUAND MÊME.)

Bref, c'est un endroit que j'adore, et j'étais super heureuse de retourner y habiter en rentrant de Nouvelle-Zélande.

SAUF QUE.

Sauf qu'apparemment, habiter dans un village médiéval, ça veut dire VIVRE A L'EPOQUE MÉDIÉVALE, si j'en crois les déboires essuyés ces dernières semaines.

D'abord, j'ai dû réapprendre à vivre avec EJP.

EJP, pour les gens qui ne vivent pas à la montagne, c'était une offre EDF des temps jadis (ça se fait plus, mais les gens qui y étaient inscrits peuvent la garder) où, en gros, tu payes l'électricité moins cher pendant l'année, mais en contrepartie, EDF choisit 27 jours dans l'année où l'électricité coûte quatre fois plus cher. Evidemment, ils choisissent toujours des journées d'hiver, vu que c'est là que tu utilises le plus de courant. Donc EJP, c'était une bonne option pour les gens qui se chauffaient au bois, au gaz ou au fioul, parce que du coup, pendant les journées EJP, on mourait pas de froid, il fallait juste faire gaffe à pas consommer trop d'électricité.

Et dans notre maison, on a EJP (vu qu'on n'a qu'un seul compteur pour les deux appartements). Et comme on se les pèle grave depuis début février, on a enchaîné journée EJP sur journée EJP, et ce serait pas vraiment chiant si je passais pas un tiers de mon temps à bosser de la maison - temps que je passe en général à préparer mes cours et à faire mes corvées et tâches ménagères, mais qui devient vachement moins productif quand je ne peux pas faire de lessive, passer l'aspirateur ou utiliser le four, ou encore quand il me faut DIX MINUTES pour me faire un thé parce que je dois faire bouillir mon eau dans une CASSEROLE comme une CRO-MAGNON.

Et même les jours où je bosse toute la journée et que je suis seulement chez moi le soir, c'est quand même un peu soûlant de se réchauffer des restes à la poêle au lieu d'utiliser le micro-ondes, ou de laisser tomber Skyrim pour aller lire dans mon lit à 20h30, à la lueur de ma chandelle.


(#soiréesdefolie)

Et Flaxou n'aide pas du tout, puisque Monsieur "j'ai pas grandi avec EJP mais par contre mon daron bossait chez EDF alors laisse tomber comment j'ai jamais éteint une lumière de ma vie" n'arrive pas à comprendre le principe d'économiser l'électricité.

Alors oui, certes, peut-être que je pinaille quand je refuse d'utiliser l'énergie somme toute pas bien conséquente de l'ampoule de ma lampe de chevet. Peut-être aussi que j'ai un peu exagéré l'autre jour, quand j'ai arraché une tranche de pain congelé de la main de Flaxou en hurlant "MALHEUREUX ! PAS LE GRILLE-PAIN!"

Mais voilà, j'ai été élevée dans une maison où EJP c'était sérieux, et je soupçonne que comme on n'est pas chrétiens, c'est un peu ce qui fait office de carême pour nous autres hérétiques.

(Et en plus les appareils à résistance, c'est ceux qui consomment le plus, alors un grille-pain, quoi!)

Mais il faut croire qu'apparemment c'était pas suffisant de s'éclairer à la chandelle, et l'univers a décidé de nous faire avancer un pas plus loin dans le RP médiéval en nous coupant l'eau pendant une semaine.

Correction : on avait l'eau, mais on n'avait pas le droit de la faire couler.

En gros, la conduite d'eau était bouchée. On a fait venir un mec pour la réparer, qui a mis une sonde dans le tuyau et a dit:

- Ouais, alors en fait vos tuyaux sont en grès, ils doivent dater des années mille, et ils sont complètement pétés, y'a des racines qui obstruent tout, faut tout remplacer.

C'est là qu'on a découvert que les trois logements de la famille (l'appart de ma mamie, le nôtre, et la maison de mon père) sont connectés au même système d'évacuation d'eau, qui avait été posé par mon grand-père quand il a construit la maison principale dans les années 50, et qu'apparemment il avait pas tout fait entièrement aux normes, parce que c'était beaucoup trop d'eau à faire passer dans des tout petits tuyaux.

Bref, des gars sont venus creuser une nouvelle tranchée, mettre des vrais tuyaux dedans, et raccorder tout ça au tout-à-l'égout (parce qu'apparemment, on croyait être déjà raccordés, mais en fait...non?)

Et ils nous ont dit :

- Les travaux vont durer deux jours, et pendant ces deux jours, il ne faudra pas utiliser d'eau, parce que tout va s'écouler directement dans la tranchée. 

Sauf qu'en fait, les deux jours se sont transformés en cinq jours, parce qu'en creusant, les ouvriers sont tombés sur des trucs qui étaient pas sur les plans, c'est-à-dire d'autres tuyaux, et aussi une PUTAIN DE LIGNE A HAUTE TENSION que personne n'a pensé à signaler, apparemment.

(Normal.)

Donc, j'ai passé cinq jours sans faire vaisselle ni lessive, à me laver les cheveux chez ma mère et à cracher mon dentifrice dans un seau sous le lavabo.

(J'ai officiellement un seau à crachats, nique ma vie.)

Une fois toutes ces péripéties terminées, on était bien contents de revenir à notre quotidien normal.


Mais il restait toujours un problème de taille dans notre foyer de geeks : Internet.

Plus précisément, le débit Internet.

Parce qu'il faut savoir qu'on a souffert cinq ans en Nouvelle-Zélande avec un ADSL poussif digne de 2007 (alors qu'on était quand même dans la plus grande ville du pays), et donc, en rentrant en France, on se réjouissait à l'idée d'avoir enfin un Internet correct.

(C'était probablement numéro deux sur ma liste des choses pour lesquelles je me réjouissais, après "revoir ma famille et mes amis".)

(Pour Flaxou, c'était numéro un, je pense.)

Sauf que, par un malheureux concours de circonstances (que je ne m'explique pas bien parce que je comprends pas vraiment comment marche Internet, pour tout te dire), on s'est retrouvés à Kaysersberg avec une connexion encore PIRE que ce qu'on se traînait à Auckland.

(Moins d'un méga.)

(Si ça te dit quelque chose, tant mieux pour toi.)

Si ça te dit rien, je t'illustre ça : on ne pouvait pas regarder deux vidéos Youtube en même temps sur nos deux PC, tellement le truc ramait.

Si je voulais charger une vidéo à 720p, je devais la mettre en route, faire pause, aller me faire un thé, et revenir cinq minutes plus tard pour qu'elle ait eu le temps de charger.

Et Netflix, c'était environ l'équivalent d'essayer de regarder Canal + en crypté.

Donc, tu l'as compris, c'était l'horreur absolue, on avait envie de mourir.

(Ah ben oui mais j'avais prévenu qu'on était des geeks.)

Donc j'ai fait des démarches pour changer d'opérateur, et j'ai souscrit à une nouvelle offre avec celui qui me promettait les monts et merveilles de huit mégas de débit:

- Et donc, les huit mégas, vous pouvez me mettre ça par écrit?
- Ben... non, c'est pas dans le contrat.
- Comment vous pouvez me garantir huit mégas, alors?
- Ben, on va sur la page de test, on tape votre adresse, comme ceci, et voyez, ça nous dit : huit mégas.
- OK super, alors maintenant ce que vous allez faire, c'est une capture d'écran du truc qui dit "huit mégas", et vous me l'envoyez pas mail.
- Mais je...
- JE ME FERAI PAS BAISER DEUX FOIS JACQUELINE!


Donc j'ai signé mon nouveau contrat, et la dame m'a dit:

- Alors il faudra quand même résilier officiellement chez votre ancien opérateur, et leur renvoyer leur box. Votre nouvelle ligne avec nous sera opérationnelle dans les dix jours.
- Ça veut dire que je vais avoir dix jours sans Internet du tout?
- Ha ha, non non! Un à deux jours maximum. Vous savez, le temps qu'ils coupent la connexion, ça va mettre un moment.

Le soir même, je reçois un SMS totalement enjoué de mon nouvel opérateur:

- Bienvenue chez nous ! On est tellement contents que vous nous ayez choisi! Votre ligne sera opérationnelle au plus tard le 6 mars. Vous allez voir, ça va être super! A bientôt, bisous bisous!

Et, deux minutes plus tard, je reçois un autre SMS de mon ancien opérateur, sur un ton un chouïa différent:

- Alors comme ça, tu nous quittes? Après tout ce qu'on a fait pour toi? C'est bon, on a compris. Merci de nous tenir au courant, hein, non mais vraiment, merci. Okay, sale traîtresse, voilà comment ça va se passer : tu peux nous envoyer la box par recommandé (on a pas envie de voir ta sale tête de toute manière) et de notre côté, on va brûler ta photo et oublier ton visage. ADIEU. 

(Le plus marrant est qu'ils ont fait suivre le SMS de rupture par un SMS d'évaluation de leur services, ce qui était un peu l'équivalent d'un ex qui te rappelle deux minutes après t'avoir dit adieu pour toujours pour te crier "DIS-MOI CE QUI N'ALLAIT PAS, JE PEUX CHANGER, NE ME QUITTE PAS, IL FAUT OUBLIER, TOUT PEUT S'OUBLIER".)

Et, comme après une vraie rupture, il semblerait que mon ancien opérateur soit devenu amer et qu'il essaye de se venger comme il peut, parce que le lendemain, j'avais plus d'Internet.

S'en sont suivies une bonne heure au téléphone avec les deux opérateurs, tout ça pour tenir les deux conversations suivantes:

- Oui bonjour, j'ai plus Internet.
- Ah c'est pas nous! Ça doit être votre nouvel opérateur qui a écrasé la ligne.

- Oui bonjour, j'ai plus Internet.
- Ah c'est pas nous! Ça doit être votre ancien opérateur qui a décidé de tout couper.


(Putain, vous me fatiguez déjà.)

- Et du coup, vous faites quoi de votre côté? Vous allez m'installer Internet bientôt?
- Ah ben comme on a dit, on vous connecte vers le 5 mars.
- "Au plus tard" le 5 mars, vous voulez dire?
- Ha ha oh attendez, je passe dans un tunnel.....

Donc, au lieu d'avoir un Internet merdique, j'ai désormais pas d'Internet du tout (je te poste ce message depuis la wi-fi de ma maman), et j'ai toujours pas le droit d'utiliser mon micro-ondes ou mon sèche-cheveux.

Mais je suis quand même contente parce qu'au moins, cette semaine, je peux tirer la chasse.

(Les petits luxes du quotidien.)

samedi 27 janvier 2018

Séries 2017, partie II : le top

Parce que c'est marrant de parler mal deux minutes, mais que j'aime pas être négative dans la vie, le second volet de ce récap 2017 des séries sera consacré aux nouvelles séries que j'ai découvertes et dévorées comme la patate de canapé que je suis bien appréciées avec toute la modération qu'on me connaît.

C'est parti pour le Top 10!


10. Mr Mercedes


Une série basée sur un livre de Stephen King que je n'ai même pas lu, mais c'est pas ma faute aussi, il va trop vite le mec.

(Un livre tous les six mois, mais calme-toi Stephen, j'ai d'autres auteurs à lire aussi hein!)

Et je dois t'avouer que ça m'a sacrément manqué au moment de visionner cette série, parce que, comme pour The Expanse l'an dernier, j'avais cette furieuse sensation constante de "chuis sûre que c'est mieux expliqué dans le livre".

J'aurais donné beaucoup pour avoir un narrateur omniscient pour m'expliquer ce qui se passait dans la tête des personnages – même s'il faut bien avouer que les deux acteurs principaux font un boulot tip-top.

Bref, Mr. Mercedes n'est pas la série incontournable de l'année, mais elle est bien écrite, bien jouée, bien ficelée, et ce serait franchement dommage de passer à côté (surtout pour les fans de polar).

(Par contre, âmes sensibles s'abstenir, y'a des passages vraiment dégueu – physiquement et psychologiquement.)

(C'EST TA MEEEEEERE!)


9.The Deuce


Encore une fois, pas la série de l'année, mais une bonne surprise.

C'est-à-dire que j'ai regardé la saison 1 jusqu'au bout alors que James Franco est le personnage principal, et si ça n'en dit pas long sur la qualité de la série, je sais pas quoi te dire.

(Surtout qu'en plus il joue DEUX personnages!)

(Y'avait plus qu'à rajouter Léa Seydoux, Marion Cotillard et Adam Sandler, et t'aurais eu mon pire cauchemar télévisuel.)

Et la raison pour laquelle j'ai réussi à surmonter mon dégoût de James Franco assez longtemps pour regarder le premier épisode, c'est principalement parce que l'intrigue de la série me promettait de pouvoir enfin remplacer le vide qu'avait laissé l'injuste annulation de Vinyl dans mon petit coeur.

Vise un peu:

- New York dans les années 70: check.
- Des mecs en pattes d'eph avec des moustaches: check
- Des nanas ambitieuses et qui n'ont pas froid aux yeux: check
- Plein de drogues et d'alcool: check
- Du rock et des putes: check

Et bon, on va dire que sur le thème central, c'est quand même un peu différent (en gros, remplace l'industrie de la musique par celle du sexe) mais l'esprit du défunt Vinyl est bien là, et c'est bien ça qui compte.


(Et mention spéciale à Maggie Gyllenhaal, qui est géniale et qu'on voit décidément trop rarement.)


8. Mindhunter


Une série que je viens de finir (genre hier) et sur laquelle j'ai donc pas encore beaucoup de recul, mais je te donne tout de suite le point positif sur lequel je ne changerai pas d'avis:

Tous les épisodes sont réalisés par David Fincher et ce mec est un pur génie de la réalisation.

(Même si, humainement, j'aurais vraiment pas envie d'aller prendre un café avec lui, parce que tous ses films sont hyper glauques et témoignent d'une image de la femme franchement problématique, mais si j'entre là-dedans j'en aurai pour des pages alors on va gentiment fermer cette parenthèse.)

David Fincher, donc, a une manière d'utiliser la lumière et de cadrer ses personnages qui est totalement unique, et immerge complètement le spectateur dans l'action (même si c'est juste un plan d'un mec qui tape sur une machine à écrire) et rien que ça, c'est fort.

Bon, évidemment, il faut plus qu'un visuel magistral pour faire une série intéressante, alors qu'est-ce qu'il y a d'autre à se mettre sous la dent dans "Mindhunter"?

L'histoire (un énième "tiré d'une histoire vraie") aurait pu avoir un goût de réchauffé, mais se démarque pas mal par sa glauquitude: deux agents du FBI, dans les années 70, interviewent des tueurs en série, et utilisent ces entretiens pour poser la base d'une nouvelle méthode de profiling.

Et, je l'avoue, j'ai gloussé comme une midinette au moment où les personnages décident pour la première fois d'utiliser LA fameuse terminologie:


A part ça, les acteurs sont bons (mais surtout les tueurs, en fait) (les trois personnages principaux ont juste l'air blasés de la vie en permanence).

Par contre, deux points négatifs qui font que la série est en fin de classement:

1. Je comprends qu'il va y avoir plusieurs saisons, mais j'aime pas quand on commence des arcs narratifs et qu'on les finit pas. (C'était quoi le but de cette histoire avec la meuf et le chat qui vit dans sa laverie? C'était 15 minutes de ma vie que je reverrai jamais, oui!)

2. Holden Ford, le personnage principal, est tellement insupportable que ça devient difficile d'apprécier la série quand on voit sa babyface et son p'tit costard impeccable à l'écran toutes les deux minutes.


("Bububu ma meuf m'a largué" MAIS T'AVAIS QU'A PAS ETRE UN TROUDUC, COSPLAYEUR D'EMMANUEL MACRON!)

(Arrête de te sucer la bite deux minutes et peut-être que ta vie ira un peu mieux!)



7. Big Little Lies


Une mini-série que je me suis enfilée sans trêve dans l'avion entre Singapour et Francfort, et c'était pas QUE parce que j'avais rien d'autre à faire.

(J'aurais aussi pu lire mon livre, manger des cacahuètes, ou même boire de l'eau.)

(Qu'est-ce qu'on s'amuse pendant 12 heures de vol.)

La mini-série (ou plutôt le très long téléfilm) (appelons un chat un chat) suit l'histoire de plusieurs mères d'une petite ville côtière de Californie, qui se retrouvent toutes liées parce que leurs enfants sont à l'école ensemble (et, soyons honnêtes, parce qu'il y a clairement que 25 personnes qui vivent dans toute cette ville). Tout le monde a ses petits secrets, tout le monde fait des cachotteries, et han y'a eu quelqu'un qui est mort! Mais qui? Mystère!

Alors je dois bien avouer que le début de la série m'a fait penser de manière très déplaisante à certains des meilleurs moments de Desperate Housewives (ce qui est déplaisant parce que Desperate Housewives était une série médiocre à son apogée, et c'était il y a dix ans, avant que les séries deviennent bien). Le côté "tout le monde se mêle de la vie des autres", "tout le monde cache un lourd secret", et surtout le personnage absolument haïssable de Madeline (big up à Reese Witherspoon, que j'ai eu envie d'étrangler pour la majorité de la série) (alors qu'en vrai je suis sûre qu'elle est adorable!)


Mais en fait, les clichés et tropes des premiers épisodes ne sont qu'une manière de planter le décor, avant que la série ne commence à consciencieusement fracasser toutes les idées reçues que tu avais sur chacun des personnages.

Et alors, je sais que tout le monde en a déjà parlé, mais DOUX JESUS CE CASTING MILLE ETOILES, VOUS ETES TOUTES GÉNIALES LES FILLES, JE VOUS KIFFE.

(Même Nicole Kidman arrive à jouer tout en nuances, et avec le masque de cire qui lui sert de visage, c'est sincèrement impressionnant.)

(Et j'ai dit "les filles" plus haut mais n'oublions pas Alexander Skarsgård et Adam Scott, eux aussi parfaits.)

Le seul truc qui me chiffonne, c'est qu'au vu du succès de la série, HBO a commandé une seconde saison, et je vois franchement pas l'intérêt.

Pas que je m'attends à ce que la deuxième saison soit mauvaise, c'est juste qu'on a fait le tour de l'histoire, et pour moi, il n'y a plus rien à dire (et ce, d'autant plus que le livre sur lequel est basé la série se finit au même moment). Et, par ces temps de séries à rallonge et de sequels à gogo au cinéma, je pense que c'est pas mal de rappeler aux studios que, de temps en temps, c'est aussi bien de s'arrêter quand on a trouvé une fin.


6. Taboo

Une série que j'ai mise dans ma liste de téléchargements uniquement parce que j'ai entendu "série britannique" et "Tom Hardy" dans la même phrase, et honnêtement, j'ai pas besoin de beaucoup plus pour être heureuse dans la vie.


"Taboo" se passe dans le Londres du début du XIXè siècle, et suit les aventures de James Delaney (Tom Hardy), qui revient d'Afrique (où il s'était plus ou moins auto-exilé) afin de gérer les affaires de son père fraîchement décédé. Il est clairement frappadingue instable mentalement, il bouffe de la chair humaine, il fait du vaudou, il se tape sa sœur, il communie avec les esprits et est-ce que j'ai aussi mentionné qu'il SE TAPE SA SŒUR?


(Esprit des Lannister, je t'invoque!)

Bref, ça va pas super fort dans la caboche de Delaney, mais il est tout de même assez malin pour déjouer moult complots d'assassinats de la part de la Compagnie des Indes Orientales, et pour gérer toute une sous-intrigue à base de poudre à canon pour les Américains.

Bref, tu l'auras compris, ça part un peu dans tous les sens, mais une chose constante dans cette série, c'est le TIP TOP FLIP FLOP TOP OF THE POPS du casting, toujours impeccable. Du gérant de la Compagnie (anciennement dans Game of Thrones) à la soeur Delaney (aussi anciennement dans Game of Thrones) au parfait chimiste (que j'ai mis HYPER longtemps à placer, parce que je savais que je l'avais vu quelque part, mais je retrouvais plus où) (en fait c'était l'amoureux éconduit de Keira Knightley dans Pirates des Caraïbes) (ce qui est rigolo, parce que le gérant de la Compagnie des Indes Orientales dans Taboo était le père de Keira Knightley dans Pirates des Caraïbes!)

(BREF.)

Et évidemment, en tête de cortège, on a Tom Hardy, parfait comme toujours (Tindomerel, objective comme toujours), tout en regards intenses et en grognements.

(Et quand je dis "grognements", c'est parce qu'il grogne plus qu'il ne parle, en fait.)

(La petite compilation ci-dessous parle d'elle-même.)



5. Godless


Alors pour celle-là, tu peux prendre toute l'objectivité (déjà pas bien glorieuse) que j'essayais de maintenir tout au long de ce classement, et la jeter à la poubelle.

Parce que MANDIEU QUE J'AIME LES WESTERNS.

Je les aime, je les adore, j'ai vu et revu tous les western spaghetti des années 70 (t'sais, ceux qui durent mille heures et où il y a cinq lignes de dialogues qui se battent en duel), j'ai une playlist Spotify avec juste du Ennio Morricone dessus, bref, les westerns c'est ma came.


Je sais pas vraiment m'expliquer pourquoi, parce que je suis vachement moins clémente avec d'autres films du genre contemplatif (2001 L'Odyssée de l'Espace, sans déconner, j'ai sérieusement contemplé l'idée de m'étrangler avec mon pop-corn juste pour en finir ici et maintenant).

Mais voilà, c'est comme ça, dès que j'entends "Western" je sais que mon cœur va chavirer et que je vais adorer le film, même si intrinsèquement il est pas terrible terrible.

(Ma seule exception, c'est John Wayne.)

(Je peux sacquer ce type.)

(C'est mon James Franco des temps anciens.)

BREF.

Je suis tellement à donf sur les annonces de westerns que j'étais limite un peu déçue quand j'ai vu que "Westworld" penchait en fait vachement plus vers la science-fiction (que j'aime pourtant beaucoup aussi.)

Du coup, quand j'ai entendu que Netflix avait produit une mini-série western, "mais du vrai cette fois-ci, promis on vous entube pas avec des histoires de robots", tu peux imaginer ma trépidation.

Et alors là, les enfants, c'est du western quatre étoiles, y'a entrée, plat et dessert.

On a tout, dans cette histoire : des prairies désolées, des villes poussiéreuses, des mecs sales, des brigands, des BRAQUAGES DE TRAINS (pardon, je m'emporte), des meufs badass avec des fusils, une mine désaffectée, un beau gosse qui tire plus vite que son ombre, des meurtres, de l'amour, des héros torturés en quête de rédemption, et est-ce que j'ai mentionné qu'il y avait UN BRAQUAGE DE TRAIN?

(J'avais pas été aussi hypée depuis Fievel au Far West.)

(Qui était mon deuxième film préféré quand j'étais petite, et maintenant que j'y pense c'est peut-être de là que vient ma passion pour les westerns?)

(De l'autopsychanalyse en direct, les enfants!)

Bref, si tu es comme moi et que tu frémis d'impatience dès que tu vois un buisson d'amarante traverser un paysage en seize neuvième, tu peux y aller les yeux fermés avec "Godless", c'est que du bonheur.

Et pour la majorité des gens normaux les autres, je vous conseillerai quand même "Godless" (sauf si vous êtes un peu des chochottes face à la violence physique et psychologique, parce que bon, c'est un lieu sans foi ni loi, du coup ben v'là les meurtres, les viols et tutti quanti).

La série est courte mais prend le temps de développer ses personnages (qui, soit dit en passant, sont joués par un casting AU TOP) (y'a même Mary de Downton Abbey!) (elle prend un accent américain, c'est un peu chelou mais ça va, elle le fait bien). Les décors sont somptueux, les costumes tip top, et l'histoire bien ficelée.

Alors tous à cheval, les cow-boys and girls!


4. DARK


DARK, c'est un peu Netflix qui s'est dit : "Tiens, si on refaisait Stranger Things, mais en VACHEMENT PLUS GLAUQUE?"

(Après, je dis "Stranger Things" pour le lien avec les années 80 et les protagonistes ado, mais sinon, en vrai, y'a pas tellement de similarités.)

Le pitch : dans la petite bourgade allemande de Winden (qui semble être complètement isolée au milieu d'hectares de forêt glauque, donc je dirais vers le Schwartzwald même si c'est pas explicitement nommé), un ado disparaît, puis un mec se suicide, puis un gamin disparaît à son tour dans une grotte mystérieuse qui fait voyager les gens dans le temps (??), y'a peut-être un lien avec la centrale nucléaire qui jouxte la ville, puis tous les oiseaux se mettent à tomber du ciel (???) et dis-toi bien que là, je t'ai parlé que des deux premiers épisodes.

C'est clairement une série hyper avare en réponses (à chaque fin d'épisode, je me retrouvais plus confuse encore qu'avant) et qui joue à fond la carte "mystère", au point que ça en devient même un peu cliché.

Et puis bien sûr comme c'est pas trop la fête au village rapport aux enfants qui disparaissent (ah et y'en a un qui apparaît aussi, mais il est mort, alors c'est moyen cool), et surtout parce que c'est une série allemande, personne n'esquisse un seul sourire de la saison entière, donc la joie de vivre se pose là.

(Pour ceux qui ne suivent pas, je récapitule les thèmes communs à toutes les séries sorties en 2017 : l'amour n'existe pas, Dieu est mort, l'existence est vaine, nous sommes tous broyés sous le poids de nos propres illusions.)

Mais à part ces petits points négatifs, la série est super prenante, et les interprètes très corrects, même si les dialogues sont parfois un peu téléphonés (et puis qu'est-ce que c'est que ces ados qui se comportent comme des quadragénaires?) (vous vous appelez au téléphone? c'est l'âge de pierre ou bien?)

Bref, si tu aimes les mystères, les voyages temporels, et réviser ton allemand LV2, c'est le moment ou jamais!


3. The Crown


Je fais une petite entorse à la chronologie ici, parce que The Crown est sortie fin 2016, mais j'ai pas eu le temps de la voir avant 2017, vu qu'à l'époque j'avais encore un boulot à temps plein et une vie sociale débordante.

(Bon okay, la deuxième partie est un mensonge.)

(Mais c'était l'été et j'aimais lire sur la terrasse.)

(Parce que des fois le chat du voisin venait me voir et je lui faisais un câlin.)

(Est-ce que les chats ça compte comme une vie sociale?)

(BREF.)

The Crown, donc, a démarré pour moi comme un remplacement à Downton Abbey, alias mon feuilleton coupable, qui avait (enfin) tiré sa révérence l'année précédente.

Et, je l'avoue, après un an à digérer le pénible final de Downton Abbey, j'étais prête pour une nouvelle dose de série historique pleine de thé, d'accents aristo, de gants jusqu'aux épaules et de "Oh deary me".


Surtout que The Crown s'annonçait encore plus costaud, puisqu'exit le casting de domestiques, là, on ne parle que d'aristocratie, et c'est pas n'importe quel Lord ou Duke de derrière les fagots, nan ma petite dame! C'est la MOTHERFUCKING ROYAL FAMILY! On peut littéralement pas faire plus snob!

(Que d'enthousiasme.)

Cependant, j'ai été un chouïa déçue, puisque "The Crown" s'est révélée être une série beaucoup trop bien pour être uniquement un feuilleton coupable que je regarde le samedi matin sous ma couette.

Et elle peut être une bonne série, vu le budget colossal alloué par Netflix (qui devait être bien certain que le public allait suivre) (en tout cas, ils avaient clairement le Commonwealth entier déjà en poche): 100 millions de livres sterling (130 millions de dollars). Pour te donner une idée, ça a coûté moins cher de produire Le Retour du Roi.

(Et pourtant, aucune trace d'uruk-hai dans "The Crown"!)

(Je ne suis pas surprise, mais je suis quand même déçue.)

Alors au début, je me demandais quand même où pouvait bien passer tout ce pognon, puis j'ai lu que rien que le budget "robe de mariée" de la série avait crevé les 35 000 dollars, donc maintenant j'ai ma petite idée.

(Et puis une réplique grandeur nature de Buckingham Palace, c'est pas donné non plus.)

(Vous savez que vous auriez juste pu acheter un drap vert?)

Plus sérieusement, la série a du budget, et ça se voit: décors grandioses, photographie au top, musique par PUTAIN DE HANZ ZIMMER OKLM, les costumes et accessoires on n'en parle même pas, et, la crème de la crème, des acteurs aux petits oignons.

("Si on m'avait dit un jour que le père de Barney Stinson ferait le meilleur Winston Churchill du monde" est devenu mon nouveau "si on m'avait dit un jour que Brice de Nice allait gagner l'Oscar du meilleur acteur").

Et, moi qui m'attendais à un drame entièrement constitué de "Grands dieux, Philip, où ai-je égaré mes diamants?", j'ai été agréablement surprise.

Alors, ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit: la série s'appuie quand même sur suffisamment de moments "Doux Jésus, Margaret, mais que va dire la Couronne?" pour rassasier les nostalgiques d'Amour, Gloire et Beauté, mais force est de constater que c'est loin d'être le thème central de "The Crown".

Déjà, c'est probablement une des séries les plus justes historiquement qu'il m'ait été donné de voir – et oui, okay, je sais que c'est plus facile quand on parle du XXè siècle et qu'en plus c'est basé sur une famille dont la vie entière est documentée à chaque instant, mais quand même! Pour moi, dont même les géniteurs n'étaient pas encore conçus à l'époque de la série (la saison 1 commence en 1951), ça me donne l'occasion de découvrir plein d'éléments historiques que j'ignorais totalement, et qui sont sincèrement passionnants.

(Tu savais, toi, que l'ancien roi Edward VIII était ouvertement pro-régime nazi?)

(On en apprend des choses.)

La série se penche pas mal sur les histoires personnelles et familiales de la Reine Elizabeth, mais y mêle suffisamment d'histoires de politique pour que ça reste intéressant, et je trouve que le scénario excelle justement à montrer cette juxtaposition: un monde de plus en plus progressif, de moins en moins procédurier, dans lequel cette figure immuable et archaïque qu'est la Couronne Britannique a de plus en plus de mal à justifier sa raison d'être.

(Okay, je vais peut-être chercher un peu loin.)


(Mais sinon regarde ces costumes comme ils sont beaux!)


2. GLOW


Une série qui déchire tout.

C'est de la pure tuerie.

Va la voir tout de suite si ce n'est déjà fait.

Y'a presque pas besoin d'élaborer tant tout est super dans cette série – mais pour toi lecteur, je vais vite résumer le point fort de la série:


Tous les personnages sont magnifiques, fabuleux et géniaux, j'aime tout le monde, et même les personnages les plus détestables (HUMHUMRUTH) sont en fait juste des petites choses brisées à qui on a envie d'offrir un chocolat chaud au bout de trois épisodes.

(Ce qui est également le point fort de "Orange is the New Black", et c'est pas étonnant, c'est la même équipe aux manettes.)

Autre point fort, selon moi: c'est l'une des seules bonnes séries sorties cette année à ne pas être méga déprimante – parce que là, rien que dans ce top 10, on a des tueurs en série, du cannibalisme, de l'inceste, du viol, des meurtres, et des kidnappings d'enfants, donc l'année 2017 ne crie pas vraiment "boute-en-train", on est d'accord.

Bref: va voir GLOW et ressors de ton marathon plein de pep's et d'entrain.

(Ah oui, et la B.O. est A-TO-MIQUE.)

(Ça sent la laque et les boucles d'oreilles triangulaires d'ici.)


1. The Handmaid's Tale


Clairement pas la série la plus joyeuse de l'année (tût tût la séquestration) mais tout de même la meilleure nouveauté de 2017.

Adaptée super fidèlement du roman du même nom, The Handmaid's Tale (la Servante Écarlate en V.F.), la série suit la vie d'Offred, une femme qui vit dans une Amérique dystopique où la majorité des terres est saturée de pollution, où une dictature ultra-religieuse est au pouvoir, où il n'y a presque plus d'enfants, et où les rares femmes fertiles sont offertes à la classe dominante pour leur permettre de se reproduire lors de viols rituels répétés mensuellement.

(Donc, ouais. C'est plutôt costaud.)

La seule différence entre le livre et la série (outre qu'on en sait beaucoup plus sur le mari d'Offred, exilé au Canada – dans le livre, il est probable qu'il soit mort) c'est que le livre se passe à son époque contemporaine, soit les années 80, et que la série se passe à NOTRE époque contemporaine (à un ou deux ans près).

Pour moi, c'est clairement ça le génie de la série : montrer, par petits flash-backs, à quel point cette série dystopique est proche de notre réalité, de notre présent. Les événements de "The Handmaid's Tale" se passent à peine quelques mois après le putsch initial qui a précipité les Etats-Unis dans l'obscurantisme. Et c'est pas pour parler politique, mais quand on voit l'état des politiques sociales actuelles aux Etats-Unis (particulièrement en ce qui concerne les droits des femmes à disposer de leur corps), la série touche carrément dans le mille. 

En plus du commentaire social (qui, rendons à César ce qui appartient à César, est copié-collé de l'excellent livre de Margaret Atwood) (une super auteure, d'ailleurs) (si tu aimes le post-apo, je recommande également "Oryx and Crake"), en plus de cela, donc, on a un casting mille étoiles (Elisabeth Moss est merveilleuse, toujours et à jamais), un cadrage et une lumière magnifiques, et des décors et costumes formidables et parfaitement raccords avec les descriptions du livre.

Ma seule peur, je ne te le cache pas, est ce qui va se passer dans la saison 2, puisque la fin de la saison 1.... ben c'est la fin du livre. Donc, j'ai un peu peur que la série pâtisse en termes de qualité une fois qu'elle n'aura plus le livre sur lequel se reposer (HUMHUMGAMEOFTHRONES), mais je suppose qu'il faudra attendre avril pour le savoir.

D'ici là, j'espère que cet article aura titillé ta curiosité (sauf si tu t'appelles Sarah et que tu as déjà tout vu.)

Et toi, quelle était ta série phare en 2017?

(Donne-moi des recommandations stp, c'est l'hiver et il faut que je fasse le plein de choses devant lesquelles glander.)