lundi 11 janvier 2010

On a toujours besoin d'un petit pois chez soi


(Reconnaître ses enfants au couvre-chef, un système qui a ses limites ?)



Il était une fois des parents irresponsables. Ou peut-être qu'ils étaient juste catholiques.


Quoi qu'il en soit, ils avaient sept gamins et pas une thune. Et comme si c'était pas assez la joie comme ça, leur dernier fiston était tellement petit qu'on pouvait le prendre dans la main (tu me diras, ça coûte pas cher à nourrir au moins).


Et comme les parents s'étaient déjà cassé la tête à trouver six prénoms masculins et qu'à eux deux ils avaient un Q.I. de film de Michael Bay, ils ont trouvé une super feinte et ont appelé le fils Poucet, parce qu'il était grand comme un pouce. (Ils avaient aussi un perroquet qui s'appelait Coco et un chat qui s'appelait Minouche. C'étaient des vrais gagnants.)


Or, voici que survient la disette. Les parents, qui ont pas fini d'être des salauds, crèvent la faim pendant trois jours pour la forme, puis décident d'aller perdre leurs enfants en forêt pour pouvoir bouffer leurs rations. (Pas juste un ou deux bambins, non, toute la troupe, comme ça pas de favoritisme. Ils étaient salauds mais justes. Un peu comme Double-Face dans Batman.)


(Même qu'une fois dans un épisode Double-Face a capturé Batman et lui a enlevé sa Bat-ceinture, et il tire à pile ou face et ça tombe sur pile, eh ben il relâche Batman ! alors que ça fait dix ans qu'il lui colle au train ! Moi je trouve ça beau.)


Le matin venu, papa et maman emmènent les enfants loin loin dans la forêt sous prétexte d'aller couper du bois (genre y'a pas du bois juste devant la maison, c'est une FORET hein) mais les gamins ont tous été bercés un peu trop près du mur et ne mouftent pas.

Seulement, le Petit Poucet est un sale gosse qui adore se mêler de ce qui le regarde pas (comme sa petite taille le laissait à deviner), et il avait entendu la conversation des parents la veille au soir.
Du coup, il avait rempli sa poche de cailloux blancs, et ils les jetait derrière lui à intervalles réguliers, discretos. (Mais non maman je regarde une fleur, mais non maman je voulais juste ramasser cette pomme de pin, mais regarde maman y'a du caca d'écureuil c'est fantastique quand même.)

Pendant ce temps, la nuit tombe, et les parents en profitent pour se carapater et laisser leurs enfants à la merci des bêtes sauvages (genre les blaireaux, ou les piverts. C'est vicieux un pivert, faut pas croire.)


Les enfants pleurent et hurlent à la mort, mais Poucet leur indique les cailloux qu'il a semés, et qui sont sans doute constitués d'Ithildin (comme sur les portes de la Moria) vu qu'ils réfléchissent la lumière de la lune. Ils rentrent à la maison sains et saufs, les parents font semblant de se réjouir et de regretter leur action, mais en réalité, le lendemain, ils décident de les re-perdre.


Le lendemain, il se passe exactement la même chose que la veille, et les enfants rentrent à nouveau à la maison. (A ce point de l'histoire, on a quand même envie de leur dire "Take the hint".)


Les parents, qui sont un peu moins cons que ce qu'on pensait au départ, se rendent compte que c'est leur plus jeune fils qui les trahit à chaque tentative d'abandon. Ils passent donc la nuit à le surveiller, et le Petit Poucet n'a pas l'occasion d'aller ramasser ses cailloux d'Ithildin. Le lendemain, il trace un chemin avec la seule chose qu'il a sous la main : des miettes de pain.


(Là c'est le moment où le lecteur se tape le front avec la paume de la main en criant "Putain y'a vraiment rien à sauver dans cette famille".) Car, eh oui, dans la forêt, il y a des oiseaux. (Rappelle-toi, je t'ai parlé des piverts y'a pas longtemps.) Les oiseaux mangent les miettes de pain, et voilà nos sept garçons bien dans la merde.


Ils errent dans la forêt pendant une partie de la nuit, quand soudain, une lumière au loin ! Malheureusement pour les gamins, une personne qui se gèle volontairement le cul dans une hutte au fond des bois, à l'écart de toute civilisation, est rarement animée des meilleures intentions. Et pour preuve, dans cette maison vivait UN OGRE !

L'ogre avait choisi de vivre en autarcie complète histoire de pas se manger des fourches de paysans dans le cul à chaque disparition d'enfant (c'est parce qu'il y avait pas du Juif dans le coin à blâmer, alors tout retombait sur l'ogre). Cependant, pour ne pas avoir à marcher quinze jours juste pour chercher de l'huile au Huit à 8, il avait des bottes de sept lieues (qui, comme leur nom l'indique, permettaient de parcourir sept lieues en une enjambée. J'ai fait mes conversions parce que j'aime aller au fond des choses, et sept lieues, ça fait 28 kilomètres. Tu rends compte ? Ça fait Colmar-Soultzmat ! Sans même passer par la nationale, direct t'enjambes le vignoble !)


Les enfants inconscients frappent à la porte (même le Petit Poucet n'a pas son Spider-sens qui le titille, quel blaireau) et c'est la femme de l'ogre qui leur ouvre.


La femme de l'ogre avait épousé l'ogre pas du tout de force, et ne vivait pas du tout dans la terreur d'être mangée. Donc, en voyant sept enfants débarquer devant sa porte, son premier réflexe c'est de se dire "YES !". Elle les fait entrer l'air de rien, leur donne à manger, et leur installe sept lits, bien proprement alignés en face des sept lits où dorment les sept filles de l'ogre. (Quatorze enfants dans une même pièce. Déjà ça, c'était pas une bonne idée à la base. Après on s'étonne qu'ils foutent tout en l'air.) Puis elle va attendre son mari en se frottant les mains.


Cependant, le Petit Poucet fait turbiner ses méninges fatiguées le plus fort qu'il peut (pendant que ses frères pioncent sans souci, y'avait juste écrit "Maison de l'ogre" devant la porte, mais à part ça rien à craindre). En désespoir de cause, il décide de prendre les bonnets des têtes de ses frères, et de les échanger avec les couronnes des filles de l'ogre.


Et le pire c'est que ça marche !


L'ogre rentre bredouille de sa chasse à l'humain, passe le seuil de la porte, "Ça sent la chair fraîche" toussa toussa, puis il s'aventure dans la chambre pour un petit casse-croûte. Il s'avance vers les lits des garçons, touche la tête du premier, sent les piques de la couronne, et se dit "Oh tiens, ma femme a changé les lits de place ! Heureusement que j'ai vérifié très consciencieusement avant de manger mes filles !" Il va du côté de ses filles, touche les bonnets, et se dit "Ah ben oui, super, c'est pas mes filles, mangeons-les !"


Là je tiens quand même à faire remarquer qu'un père qui reconnaît ses enfants à leur couronne, je doute que son cœur déborde d'amour et de tendresse paternelle. Et puis bon, avant de les manger toutes les sept, tu penses pas qu'il y aurait un moment dans le repas où il s'arrêterait pour checker si c'est bien les bons enfants qu'il mange ? Il a une chance sur deux de manger les mauvais gosses dans la pièce, mais ça l'arrête pas plus que ça. En plus, je sais pas, mais des filles, ça doit pas avoir le même goût que des garçons ? On penserait qu'en tant qu'ogre, il aurait les papilles plus développées.
Bref.

Pendant que l'ogre mange ses enfants, le Petit Poucet et ses frères s'enfuient. L'ogre, une fois qu'il a bien mangé tous les enfants de la pièce, allume la lumière (bon timing, vieux) et réalise que ah non, c'étaient pas les bons gosses !

Au lieu de se suicider comme tout être humain normal qui viendrait de manger ses enfants par erreur, il se met à poursuivre Poucet et ses frères avec ses super bottes de sept lieues.
(Ce qui signifie que dans l'intervalle, Poucet et ses frères ont parcouru au moins 28 bornes. Balèzes, les mecs.)

Mais, même avec des bottes de sept lieues, on fatigue vite. (En plus l'ogre est tout plein des sept enfants qu'il a bouffés, ça doit peser sur l'estomac.) Il s'arrête donc sur une pierre et s'endort comme un gros sac. Or, le hasard fait bien les choses, le Petit Poucet et ses frères étaient cachés sous cette même pierre ! (On sait pas trop comment ils peuvent se cacher
sous une pierre, à moins d'être plats comme des blattes, mais passons.)

Le Petit Poucet laisse ses frères galérer pour retourner au bercail (rappelez-vous, ils étaient perdus) et il vole les bottes de sept lieues à l'ogre. Il retourne chez l'ogre pour trouver la maison vide (la femme de l'ogre attendant juste un bon prétexte pour retourner chez sa mère, et un homicide massif constitue, ma foi, un prétexte bien valide). Il chope tout l'argent de l'ogre et retourne l'amener à ses parents.


Pas rancunier, le gamin.

Moi je les aurais laissé crever de faim et j'aurais construit une maison en pain d'épice juste à coté de chez eux, rien que pour les narguer.
(Ah non, ça c'est encore une autre histoire.)



Morale de l'histoire : Perrault a dit (dans les grandes lignes) "Ah ça pour discriminer les petits y'a du monde, bande d'enculés, n'empêche que des fois ils vous sauvent le cul et là vous dites plus rien" (on sent pas du tout un complexe latent). Je trouve que ça se passe de commentaires. Les petits déchirent tout.


6 commentaires:

  1. *essuie les larmes qui coulent de ses yeux*

    Je sors deux secondes de mes révisions de partiels en me disant: "Tiens, allons voir s'il y a du neuf sur internet" et voilà t-y pas que je tombe sur la version du Petit Poucet la plus désopilante qu'il m'ait été donné de lire :p

    (Pas que j'en ai lu beaucoup, mais je ne pense pas que j'en trouverais une meilleure ^^)

    Merci de m'avoir changé les idées ^^

    RépondreSupprimer
  2. J'ai passé ma lecture à :
    -rigoler
    -sourire
    -crier "haaaa mais ouaiiiiis !"
    C'était bien.

    Tout ça parce qu'à l'époque on avait pas encore inventé les congélateurs, la technologie nous sauvera.

    RépondreSupprimer
  3. Et donc, en temps de famine, il jette le pain dans forêt, et sa mère, qui perd ses enfants exprès pour avoir plus à manger, elle dit rien x)

    RépondreSupprimer
  4. Huhu la magie des contes pour enfants ! On se demande si ce cher Charles n'était pas un peu fêlé sur les bords !

    (pour les fanas de psy, je tiens à dire qu'il était le plus jeune d'une nombreuse tribu, et que ça mère le couvait énormément... l'ogre serait-il l'expression de son oeudipe ?)

    RépondreSupprimer
  5. J'ai beaucoup rigolé en me rappelant cette histoire !!
    Je veux bien que tu nous racontes aussi l'histoire du pain d'épice, je la connais pas =) !!!

    RépondreSupprimer
  6. Ouais, enfin bon. C'est pas marrant d'être petit quand même. Quand t'as personne à sauver, eh bah. Tu tfais juste écraser dans la rue :D

    RépondreSupprimer