mardi 29 juin 2010

C'est l'été dans la maison des geeks


Professeur Flaxou a la même chanson en tête depuis début juin. Et il la chante tous les jours, toute la journée. C'est même pas une mauvaise chanson, c'est juste qu'au bout d'un moment, ça lasse.

- Traï tou get euway, get euway, I ate myself.

Et puis bon, ce serait bien aussi s'il comprenait les paroles.

- "I ate myself" ça veut dire "Je me mangeais". Je pense que tu confonds avec une chanson de Rammstein.
- Mais je chantais pas "I ate myself", je chantais "I Hate myself".
- Oui, c'est toujours pas les bonnes paroles.

Ça doit être son passé de gothique. Professeur Flaxou il entend une chanson joyeuse, et comme il a pas l'habitude, il pense que c'est une feinte.

Pendant ce temps, Sarah joue à Pokémon. Mais comme elle est en train de perdre (soit dit en passant, faut limite le faire exprès pour perdre à Pokémon) elle grommelle des commentaires.

- "Voulez-vous soigner vos Pokémon?" A ton avis, connasse, j'suis pas là pour boire une bière.

C'est divertissant.

- Avec ton uniforme de pute là. M'étonne pas que Pierre il veuille te niquer.

samedi 26 juin 2010

Un article que tout le monde va détester

 Si même Mickey s'y met, je jette l'éponge.

Oh là là mais c'est trop formidable! On est en 2010 et ça fait déjà quatre ans depuis la dernière Coupe du Monde! (Le temps passe vite quand on a la joie.) Du coup on a droit à une toute nouvelle!

Qu'est-ce que je suis heureuse qu'on ne parle plus que de ça, dis donc! Je frétille de joie tel un petit gardon malicieux. Quand j'entends les débats "Faut-il virer Domenech, tout l'équipe de France, ou juste Zahia", ça me transcende.

Au cas où vous n'auriez pas compris, c'était de l'ironie.

Il y a peu j'ai fait une liste des choses qui m'horripilaient le plus au monde. J'avais oublié la Coupe du Monde. Ça vient tous les quatre ans, alors j'ai toujours tendance à oublier que ça existe. Et quand je m'en rappelle, j'essaye de le sortir de mon esprit. Comme quand on doit se faire arracher une dent, on a tendance à repousser l'idée jusqu'à ce qu'on soit assis sur le fauteuil. Là ça fait trois semaines que je suis dans le fauteuil. La Coupe du Monde, c'est comme si ma bouche était remplie de dents de sagesse et qu'on me les arrachait une par une sans anesthésie.

Mon problème principal, c'est que j'ai jamais réussi à m'intéresser au foot. C'est un angle mort de mon cerveau, comme l'économie, ou la capacité à ne pas casser la vaisselle. J'essaye de toutes mes forces, mais j'y arrive simplement pas. Les règles sont tellement dures à suivre que je comprends jamais ce qui se passe sur le terrain, à part qu'ils cavalent et qu'ils ont des couleurs différentes.

Au début, je pensais que le but du jeu, c'était de taper dans le ballon tout en courant. (Des gens m'ont dit que le but final, c'était de mettre le ballon dans le filet, mais j'ai jamais vu les joueurs faire ça, alors je pense qu'ils doivent confondre avec le rugby.) Ensuite j'ai vu qu'ils étaient pas contents si des joueurs d'une autre couleur prenaient le ballon, j'en ai déduit que le but du jeu c'était de garder le ballon au sein d'une équipe pendant 90 minutes. Mais maintenant que j'ai deux ou trois matchs (bon, le match France-Brésil 1998 et deux ou trois extraits du Zapping) à mon actif, je crois avoir compris : en fait, le but du football, c'est de faire semblant de se blesser. Ensuite t'as le droit de taper dans le ballon sans personne autour de toi, et ça semble rendre les gens autour du blessé très heureux. (Peut-être que celui qui gagne le match à le droit de garder le ballon, c'est pour ça. Ça coûte cher, c'est du cuir.)

Maintenant que j'ai compris ça, je peux regarder les matchs de foot avec les gens normaux qui arrivent à comprendre ce qui se passe. Et pour pas passer pour une cruche, j'ai tendance à copier leur comportement. 

Ils semblent souvent en vouloir à un monsieur qui s'appelle l'Arbitre et qui donne des petits bouts de papier aux joueurs quand ils ont été méchants. (Et ensuite il les envoie au coin, ça rigole pas avec la discipline.) Alors maintenant, dès que je vois sortir un bout de papier, je crie "Oh! L'Arbitre!!". Avant, je criais "Oh! L'Arbitre! Enculé!!" mais ensuite j'ai compris que des fois, les gens sont contents que l'Arbitre donne un papier, et des fois non. Comme j'ai jamais pu trouver pourquoi, je crie juste "Oh! L'Arbitre!!" et j'attends de voir si les gens sont contents ou pas. S'ils sont contents je rajoute "C'est bien fait!" et sinon je m'en tiens à "Enculé".

J'ai aussi remarqué que les gens qui regardent le foot utilisent un vocabulaire très compliqué. 

- Oui, quand Henry a fait la passe à Ribéry dans la surface de réparation, et qu'ensuite il a passé à l'avant-centre-droit-attaquant, j'ai cru qu'il allait y avoir faute, à cause du tackle dans le corner, mais l'Arbitre a pas donné un penalty.

Alors des fois je crie des mots au hasard juste pour faire croire que je comprends le match.

- Coup franc! Corner! Tir au but! Penalty! Oh, l'Arbitre!!

Ils y voient que du feu.

(Sauf Sarah. Sarah, l'autre jour, elle m'a dit que la surface de réparation, c'était le rectangle devant le filet. Moi je croyais que la surface de réparation, c'était l'endroit où ils emmenaient les joueurs blessés. Pour les réparer. Ils auraient pu dire "infirmerie" tout simplement, mais bon ils font jamais rien comme tout le monde.)

Mais mon problème avec la Coupe du Monde, c'est pas le foot en soi. Je pense que je pourrais faire abstraction pendant un mois tous les quatre ans, et prendre mon mal en patience jusqu'à ce qu'ils se remettent à diffuser des clips de Beyoncé dans les bars. Non, le grand problème, c'est les gens.

Il y a deux types de gens qui m'énervent à la Coupe du Monde : les supporters, et les médias.
Les médias, c'est eux qui m'énervent le plus, parce qu'ils ont moins d'excuses que les supporters. Si un gars il vit vraiment pour le football, que c'est sa passion et tout, eh ben tu comprends qu'il ait du mal à parler d'autre chose pendant la Coupe du Monde. Mais les médias, leur boulot, c'est de nous informer. Et pendant la Coupe du Monde, niveau info, ça vaut pas la moustache de Staline. En dix-huitième page, on te parle de la guerre civile au Kirghizistan, des morts dans le sud de la France à cause des inondations, de la marée noire qui n'en finit plus, des scandales de pots-de-vin chez les ministres et tout ça, et en première page, t'as : "Défaite des Bleus : faut-il virer Domenech?" C'est la quatrième dimension.

Et depuis que j'ai Facebook, j'ai de moins en moins de respect pour les supporters. Autant je comprends ceux qui suivent le football toute l'année, autant j'ai du mal à comprendre les gens qui ne regardent jamais le foot, et qui soudain à l'approche de la Coupe du Monde se transforment en choses qui braillent et qui portent des écharpes. (On est en juin, tu dois avoir chaud quand même.)

Je sais pas pour vous, mais moi quand j'entends "Coupe de Monde" je pense "gens en short qui cavalent et gens dans les gradins qui chantent". Apparemment, d'autres gens entendent surtout "permis de semer l'anarchie". C'est comme si y'avait plus de règles, on peut dire toutes les horreurs qu'on veut, et ensuite se draper dans les oripeaux de la culture sportive. Je dois être naïve, j'avais jamais pensé que le nationalisme exacerbé faisait partie de la culture sportive. Mais apparemment si. Vous saviez, vous, que les Italiens étaient tous des tricheurs? Moi non. Mais bon c'est instructif. (On ne m'y reprendra plus de sitôt à jouer aux dames avec un Italien.) Ces informations, je les tiens des statuts Facebook de ma page d'accueil, qui s'accordent tous à dire que : "Ah ah salauds d'Italiens, vous avez perdu, c'est bien fait pour votre gueule, vous aviez qu'à pas nous piquer la Coupe en 2006". (Et là on a quand même envie de dire : mec, tourne la page.)

Je ne sais pas s'il y a quelque chose que j'aime plus dans les sports que ces "nous" collectifs. Le mec te dit "Ouais, on a pas trop mal joué ce soir, Henry avait une bonne défense", pendant un moment tu te dis "Ah ouais quand même, je savais pas qu'il était dans l'Equipe de France". Mais en fait non! C'est juste que les gens sont tellement dedans qu'ils jouent par procuration. Du coup, quand une équipe gagne, c'est pas "L'équipe que je soutiens a gagné", c'est "ON a gagné". Le gars il a rien fait d'autre que de rester assis dans son fauteuil avec une bière et des cacahuètes, mais c'est SA victoire tout pareil que les joueurs, parce qu'il était avec eux par la pensée.

(Mais c'est une combine de génie, ça! Depuis, je me suis mise au tennis par procuration, eh ben je peux vous dire qu'Anna Kournikova et moi, on a perdu au moins trois kilos.)

Et puis bon, cette année, il faut dire que les supporters ne m'aident pas à les faire remonter dans mon estime. 

Qu'on s'entende : les vuvuzélas, ça fait du bruit pour tout le monde? C'est pas comme les ultra-sons que seuls les jeunes et les chauves-souris peuvent entendre? C'est pas un de ces instruments de musique chelou où certaines personnes entendent du bruit et d'autres de la musique, comme la cornemuse, ou ma belle-mère qui joue du saxo? (Même si, dans ce cas de figure, c'était bien la seule à entendre de la musique. Moi, j'entendais une corne de brume.) Mais la vuvuzéla, c'est pas un vrai instrument, on est d'accord? Ça fait partie des choses qui font du bruit pour nous énerver, comme les kazous, les crécelles, ou les didjeridoos. (Moi-même, j'ai été l'heureuse propriétaire d'une crécelle entre Noël et Nouvel an 1993. Ensuite, elle a mystérieusement disparu. Je soupçonne un peloton d'exécution familial.) Donc c'est sûr qu'une néophyte comme moi, quand elle allume sa télé en disant "Tiens allez je me sens d'humeur corsaire aujourd'hui, je vais regarder France-Uruguay" et qu'au bout de trois secondes ses oreilles se mettent à saigner, ça n'arrange rien.

(Oh c'était super chouette de parler de moi-même à la troisième personne. Je me sens comme Alain Delon.)

Donc voilà, la Coupe du Monde, j'ai essayé comme chaque année, mais c'est fini. Je vais vivre les prochaines semaines les yeux fermés et les oreilles bouchées, et continuer à aller au restau ou au ciné avec Professeur Flaxou les soirs de match. 

C'est génial de marcher dans les rues un soir de match. T'es comme seul au monde, t'as l'impression que le virus des zombies les a tous atteints. 

Et, au niveau métaphorique, c'est un peu ça.



PS : L'autre jour Didier Porte s'est fait virer de France Inter. (Stéphane Guillon aussi, mais je l'écoutais moins.) Soi-disant que leur humour était trop insolent envers une certaine personne haut placée. Et dans les journaux, on parle toujours que de Domenech. J'ai mal.

jeudi 24 juin 2010

Les concours c'est l'amour, les concours c'est meilleur que du boulgour

 (Moi aussi je veux passer mes examens oraux dans une prairie)

Donc mes concours sont passés.

Je sais pas trop s'ils se sont bien passés, mais ils se sont passés, et je suis presque sûre que j'étais là tout le temps. C'est bon, ça, non?

Bon, je sais pas trop si ça se voit, mais là j'essaye juste de me remonter le moral en me racontant des choses qui auraient pu se passer plus mal.

- Je veux dire, ça aurait pu être pire, hein. J'aurais pu rendre feuille blanche. J'aurais pu rater le train et arriver trop tard pour passer les concours. Ils auraient pu m'oublier de la liste. J'aurais pu mourir écrasée par un vélo kamikaze. 

Y'a tellement de choses qui auraient pu mal se passer.

- La salle d'examens aurait pu être envahie par des supporters français en train de souffler dans des vuvuzélas. J'aurais pu avoir à traduire un article sur le football. On aurait pu se faire envahir par des Grecs pas contents parce qu'on leur donne pas d'argent. Ou par des réfugiés kirghizes.

Donc finalement je vois pas pourquoi je m'apitoie sur mon sort.

- La marée noire aurait pu atteindre les côtes françaises. Pendant ce temps la sonde spatiale japonaise aurait pu retomber dans l'Atlantique, chatouiller une faille tectonique, et provoquer un gigantesque raz-de-marée qui aurait recouvert l'Europe entière et submergé Strasbourg sous une chape de pétrole et de poissons morts. 

(Ça se voit que je lis les journaux tous les jours depuis un mois? Posez-moi des questions sur le Kirghizistan, je sais même comment écrire Kourmanbek Bakiev en trois langues.)

Donc oui, ça aurait pu être pire. Mais seulement avec ce cas de figure, je crois.

Donc à priori, comme ça, avec mon savoir astronomique, on en voit pas très bien comment j'aurais pu foirer à ce point. Et disons que, du point de vue de l'anglais, ça s'est pas trop mal passé (encore heureux, sinon je leur demande de me rembourser mon année à Kettering). 

Le français, je dois avouer, a été encore plus dur. Ils savent que c'est ta langue maternelle, alors ils y vont aux grosses reformulations qui tachent. Exemple : examen sur l'harmonie lexicale. (L'harmonie lexicale, c'est que dans une phrase, tous tes mots viennent du même registre de langue. Sinon ça donne "Eh madmoizelle t'es bien charmante t'as vu, auriez-vous la diligence de me lâcher tes coordonnées?". Ça fait tache.) Du coup on a des phrases avec les registres mélangés, et il faut les remettre comme il faut. Je fais mes petits exos, et je vois ça :

"Je vais couper les ailes à un ballon d'essai dont je connais la source."
J'ai relu la phrase huit mille fois et ça n'allait toujours pas mieux. Le problème étant que j'aurais sans doute pu deviner le sens de la phrase, si seulement j'avais su ce que c'était qu'un ballon d'essai. Est-ce qu'on parle d'un vrai ballon ou d'un terme métaphorique? Genre on est en période de Coupe du Monde, ils se sont dit qu'ils allaient nous faire un truc un peu dans l'ambiance? A moins que ce soit un terme de rugby. (Je connais un peu mieux le rugby parce que je trouve les rugbymen sexy quand ils sont blessés et couverts de terre. Du coup je sais qu'on dit "marquer un essai". Et je sais aussi qu'on joue avec un ballon. L'étau se resserre.) 

Ou bien est-ce que c'est un ballon ailé mythologique comme le dieu Hermès, et c'est pour ça que le gars veut lui couper les ailes? Est-ce que c'est le terme français pour la balle de Quidditch, là? Et c'est quoi cette histoire de source? Est-ce qu'on parle du mec qui lance le ballon d'essai, ou bien est-ce que c'est carrément une vraie source, d'où jaillit le ballon mystique?

Du coup j'ai hésité à reformuler : "Je vais couper les ailes à la balle de Quidditch relâchée par l'arbitre (sans doute dans l'espoir qu'Harry Potter tombe par terre, je dois être Draco Malfoy)" ou encore "Je vais bloquer cet essai de Chabal, dis donc j'ai soif j'irais bien boire un coup à la source" mais je me suis dit bon, ce sera juste un moyen d'atterrir dans les perles du Bac et non merci quoi.

Ensuite j'ai cherché, et un ballon d'essai, c'est un truc qu'on lance juste pour connaître l'avis du public dessus, avant de lancer le vrai truc (Ça vient de l'époque où ils lançaient une mini montgolfière dans les airs pour voir si il y avait pas trop de vent pour lancer un vrai ballon.) Mais en fait je comprends toujours pas la phrase. Qui est la source du ballon? Comment couper les ailes à une montgolfière? Est-ce que la reformulation correcte aurait été "Je vais faire un trou dans cette mongolfière parce que je déteste Jules Verne"?
Mais à part ça, c'était pas trop compliqué.

Non, le problème, c'était surtout l'allemand.

Une semaine en Bavière à me taper des accents de derrière les fagots. Trois heures de lecture en Allemand par jour. Des semaines de préparations à traduire le Deutsche Zeitung. Et ces salauds me sortent des articles du Frankfurter Allgemeine (mais oui, prenons le journal avec les articles de huit cent pages, bande de trouducs). En gros, tout ça pour ça.

Surtout que le problème principal, c'est que c'étaient les mêmes textes pour tout le monde. Allemand langue maternelle, langue A, B, Y, tout ce que tu veux. Tout le monde devait traduire l'histoire des restrictions budgétaires ratifiées au Conseil de l'Europe. Je te jure qu'à ce moment-là, j'aurais tué pour un article sur le Kirghizistan ou la marée noire, ou même un truc sur la nana brésilienne qui a pas pu avorter alors que son bébé avait pas de cerveau. N'importe quoi sauf le plan de rigueur. Je sais déjà même pas de quoi ça parle en français. C'est parce que j'ai une malformation crânienne qui m'empêche de comprendre l'économie. J'entends "budget" et "relance", et mon cerveau me dit "Je mangerais bien une glace à la framboise".

Alors vous pouvez imaginer ma joie quand, lors de mon oral, j'ai reçu un merveilleux texte sur la relance de la croissance en Allemagne. 

C'était affreux. Un océan de termes inconnus, au milieu je voyais "export", je me disais bingo, mais ensuite j'arrivais même pas à comprendre si c'était l'Allemagne ou d'autres pays qui exportaient, et si c'était une bonne chose. Les examinatrices ont soupiré et roulé des yeux pendant tout l'examen. Heureusement qu'elles m'ont relâchée après cinq minutes, parce qu'il aurait pu durer longtemps, leur petit jeu:

-Définissez-moi ce mot.
- Je peux pas.
- Bon, traduisez-le alors.
- Je sais pas ce qu'il veut dire.
- Et si vous regardez le contexte? Mettez-le en rapport avec ce mot, là.
- Je comprends pas ce mot non plus. Je comprends rien à la phrase en fait. Si, à un moment y'a écrit "und". Ça veut dire "et".
(roulement d'yeux)

C'était pas la peine de faire cette tête Micheline, c'était écrit devant tes yeux sur mon CV que l'allemand c'était ma LV2. Et ensuite tu fais ta maligne. Si tu veux je te pose des questions en russe et on verra bien qui c'est qui rigole.

A part ça c'était pas trop mal. Les oraux anglais étaient relativement bien, à part deux ou trois bourdes:

- Comment traduiriez-vous "mouths to feed"?
- "Bouches à nourrir"
- Oui, et sinon?

Il y a un truc à savoir avec moi : quand je suis sous pression, je dis absolument tout ce qui me passe par la tête, en espérant qu'à un moment, au milieu des conneries que je débite, il y aura un truc juste. (Aussi appelé "technique Pictionary".) Le problème, c'est que j'arrive pas à me contrôler quand c'est pas du Pictionary.

- Euh... les gens à nourrir? Les gens qu'il faut nourrir? Les gens qui doivent manger?
- Plus simplement, pensez à un mot.
- ....
- Les gens qui mangent, on les appelle les...
- MANGEURS!

(Vous voyez ce que je voulais dire avec "tout ce qui me passe par la tête"?)

Là, elles ont éclaté de rire, et la première a dit "Ah celle-ci il faudra que je m'en rappelle." (Bon, au moins je fais dans le divertissement.) Et elle a repris:

- Quand je disais "les gens qui mangent", je pensais aux gens qui consomment un produit...
- Ah! Les consommateurs.
- Ben oui.

Ben oui.

Finalement, la partie la plus foirée, c'était mes oraux en français. C'est le problème quand tu fais plusieurs langues: tu penses jamais à réviser la tienne.

Et pour l'entretien de motivation de Relations Internationales, j'ai été prise complètement au dépourvu:

- Donnez-moi trois de vos qualités et trois de vos défauts.

Mais tu veux m'ajouter sur Meetic ou quoi?

- Ben... je suis honnête, persévérante et indépendante. Et je suis entêtée, manichéenne, et je manque pas mal de tact.
- Vous manquez de tact?
- Ben oui, c'est parce que je suis honnête. Souvent, je dis les choses comme elles sont, et je ne prends pas de gants.
- Ah. Donc vous dites que vous n'êtes pas diplomate?

Oh la conne. 

(Relations Internationales, c'est la filière que tu fais si jamais tu veux devenir diplomate.)

- Je rajouterais bien "parle sans réfléchir" dans mes défauts, mais c'est le stress, je suis pas comme ça en vrai, et je...ça vous embête si je prends mes granules?

(Ma mère m'avait filé plein de médicaments anti-stress à base de plantes.)

Oui, sur moi, l'homéopathie marche. C'est peut-être l'effet placebo, c'est peut-être que mon corps est en avance sur la médecine occidentale, c'est peut-être parce que je suis tellement sensible aux médocs que le sirop pour la toux me fait dormir pendant 13 heures, mais ça marche à chaque fois, alors j'y crois. Je pense que si un jour Professeur Flaxou me quitte, ce sera à cause de ça. (C'est le plus grand clivage dans notre couple. Et pourtant il est de droite.)

Bref.

Et enfin, pour l'Interprétation, je me suis retrouvée devant un jury de six personnes. On aurait dit le Jugement Dernier, je te jure. J'avais avalé des montagnes de granules, et je sentais toujours la tension s'accumuler autour de moi. 

Pourtant les examinateurs, ils étaient sympas et tout, de temps en temps ils me lançaient même une petite blagounette pour pas que je tombe dans les pommes, dix minutes d'entretien et j'avais toujours pas fondu en larmes, ça se passait pas trop mal. Et puis, d'un coup:

- Qu'est-ce que l'OTAN?
- L'OTAN? Eh bien, c'est une organisation militaire...créée dans les années 50...par le bloc de l'Ouest et ses alliés...
- Oui, mais les initiales OTAN, qu'est-ce qu'elles signifient?

Et là.

Le vide. Le vide total.

J'ouvre la bouche. Ça marche pas, je la referme. Je regarde les examinateurs, ils sont tous penchés sur leurs coudes et ils me regardent par-dessous leurs sourcils. J'ai articulé faiblement :

- Organisation...

Et puis rien. 

Je sais pas combien de temps je suis restée comme ça, mais à un moment, j'ai vu une nana écrire un truc sur sa feuille, et je me suis dit "oh putain c'est foutu, dis n'importe quoi avec un T, Territoire, Tournesol, Trilobite, je m'en fous".

- ... Territoriale...

Levée de sourcils.

- Vous êtes sûre?
- NON !!

Je dois avoir l'air tellement désespérée que ça en fait marrer quelques-uns.

- Ben non, c'est pas ça.
-.....

Je vais mourir. La seule différence entre ça et un cauchemar, c'est que j'ai encore mes chaussures.

- Essayez avec "Traité".
- Ah. Organisation du Traité de l'Atlantique Nord.
- Ben oui.

Ben oui.



(C'est pas grave, parce que du coup je vais sûrement partir à Molotov, et franchement est-ce que c'est pas la plus grande classe du monde d'aller habiter dans une ville qui s'appelle Molotov? Bon en vrai elle s'appelle Perm depuis 1991 mais j'emmerde la Perestroïka.)

vendredi 11 juin 2010

La Bavière c'est super, l'Autriche c'est fantastisch


Plus je vais en Allemagne et plus j'ai envie d'y habiter.

Non mais sérieux il est génial ce pays! Je demande une bouteille d'eau, et ils me donnent direct de l'eau gazeuse! Je peux commander un Apfelschorle sans qu'on me dise "A vos souhaits"! (Je peux commander un Apfelschorle, d'ailleurs! Même pas besoin de le faire toute seule à la maison!) Je peux manger plein de saucisse sans qu'on ne me juge! 

Si ça ne tenait qu'à moi, vous intégrez l'Alsace à l'Allemagne quand vous voulez. Les gens recyclent leurs déchets, et au niveau politique ça change presque rien (sauf que la Merkel, au moins, elle a pas une tête à claques et ça fait franchement du bien).

Bon, le seul souci c'est la barrière de la langue, et je sens bien que ce ne sera pas un problème facile à régler.

- Warum bist du in Deutschland ?
- Ich bin in Deutschland gegangen...non, gefahren? Geflogen? Geschwommen? Enfin bref, um Deutsch zu...lernen? üben? revisieren?

Ca c'est le grand traquenard de la langue allemande : on sait pas, alors on prend le mot français, on met des K et des Z et on prie pour que ça marche.

- Ich muss es mit dir....diskutieren?
Ça marche.

- Entschuldigung, kann ich diesen Jeans....echangieren?
Ça marche pas.

Du coup j'ai profité de mon séjour en Bavière pour bien üben mon Deutsch. (Quoi? C'est fashion de parler comme K-Maro, mais dès que c'est de l'allemand, ça marche plus? RACISTES!) 

Je suis aussi allée au cinéma voir des films germano-turcs (j'ai mieux compris les passages en turc qu'en allemand, j'ai pas dû choisir la bonne combinaison pour mes études dis donc), j'ai beaucoup marché sous la pluie, j'ai fait des visites guidées où j'ai rien compris du tout (une histoire de König et une histoire de tapisseries, en tout cas ça avait l'air chiant), j'ai dormi dans une maison sans volets, j'ai mangé des trucs chelous (ça m'apprendra à pas savoir lire une Speisekarte), et j'ai fait une "petite" balade en vélo :

- Charlotte, tu veux faire une petite balade en vélo avant le déjeuner?
- Oui, pas de problème. (Répond-elle, plumes dans les cheveux et tartine à la main.)
- Super, prépare-toi on part dans vingt minutes.

Quarante kilomètres et trois heures et demie plus tard, nous voilà rentrées. Mon dieu, Maria elle est bien gentille, mais c'est pas avec elle que j'aimerais faire de "grandes" balades. (Tu prends ta tente et tu fais le tour de Bavière en trois jours, peut-être.) T'imagines un jour tu lui dis "On fait une rando?", faut prendre un mois de vacances.

Bref.

Et après ce séjour fort attrayant, j'ai rejoint Agnès pour une journée à Salzburg.

(Alors Agnès, au moment où j'ai mis ton nom je voulais aussi mettre un lien vers ton blog à l'endroit où il y avait ton nom, mais je sais pas si t'es d'accord que je mette un lien. Je peux dis?)

Pendant tout le voyage je me disais "Ah mais je suis complètement folle". Pas folle de rencontrer des lecteurs, n'en déplaise à ma maman qui ferait une attaque d'apoplexie si elle était au courant. 

(Ma maman c'est un paradoxe : dormir chez des inconnus, elle fait ça depuis trente ans avec Servas, mais rencontrer des inconnus avec Internet, c'est sale. Ma maman, elle a rejeté Internet comme source du mal absolu dans le monde. A ses yeux, c'est juste un endroit pour que des pédophiles puissent rencontrer des violeurs et partager des photos de gens écorchés et des astuces pour les kidnappings au chloroforme. Alors la première fois que je lui ai dit "Je vais rencontrer quelqu'un que je connais du blog", elle m'a quand même dit : "Rappelle-toi de John Lennon". Genre. Même si j'avais la popularité de John Lennon, je doute que des tueurs en série s'amusent à me suivre pendant cinq ans dans l'espoir illusoire qu'on jour je dise "Tiens on devrait se rencontrer". Ils ont peut-être mieux à faire, les tueurs en série. Genre regarder "Les Experts" et prendre des notes.)

Donc c'était pas ça qui me gênait, parce que j'avais déjà rencontré des lecteurs. C'est surtout que je me disais "Je vais rester 24 heures avec cette fille, et elle connaît déjà toute ma vie. DE QUOI DONC EST-CE QU'ON VA BIEN POUVOIR PARLER?"

Mais finalement, j'ai réalisé avec joie que j'avais encore des choses à raconter. Et croyez-moi, ça fait plaisir de voir que je ne suis finalement pas devenue une de ces personnes qui racontent chaque miette de leur vie et chaque forme qu'a leur caca, parce que ça me fait trop plaisir de me moquer d'eux.

Avec Agnès, on a visité le centre de Salzburg et ses mille particularités :

 Mozart vend des chocolats (il avait besoin de thunes ou quoi?)

Un cheval avec des pattes de nénuphar et une queue de poisson, qui se noie dans une fontaine.

"Viens on s'en va, ça me fout la trouille"

Cupidon, attaque éclair!

Après Mozart et Herbert von Karajan, breaking news : le Géant Vert aussi est né à Salzburg.

"Pourquoi ils soumettent des gens tout nus?"

Les premiers kikoolols de l'histoire!!

Ensuite on est allées s'asseoir dans l'herbe du bord de la rivière qui pique, on a pris des coups de soleil, on a mangé des cordons bleus, on a joué de la guitare (enfin Agnès elle a joué de la guitare et moi j'ai écouté) et on a dormi dans un lit une place, tête-bêche, avec chacune les pieds de l'autre dans la figure (souvenir ému des soirées-pyjamas de l'école primaire).

C'était vachement bien. Lecteurs, lectrices, si vous êtes tous aussi cool qu'Agnès, on peut se rencontrer quand vous voulez et j'aurai pas peur que vous me John Lennon-isiez.

(Pour vous donner un échelon de coolitude auquel vous mesurer, Agnès, elle a un T-Shirt "Pulp Fiction". Et elle a pas honte des grosses lunettes de mouche.)

Ça veut dire qu'on est cool toutes les deux, alors.



PS : Le blog est officiellement en vacances jusqu'au 23 juin (date de fin de mes exams). Je vais changer mon mot de passe et le jeter dans un puits.