samedi 27 février 2016

L'instant Kiwi: la religion


Etant donné que ça fait quelques mois que je reçois les pamphlets religieux les plus fun du monde à la maison, j'ai décidé d'y consacrer un article.

Commençons par un petit cours de civilisation comme il se doit: la religion en Nouvelle-Zélande.

(Tout un programme.)

Premier truc à savoir: les gens en Nouvelle-Zélande ne sont pas très religieux.

La religion principale du pays est le protestantisme (31%), mais, dans les faits, les athées et agnostiques sont bien plus nombreux (50%), donc techniquement, la première religion en Nouvelle-Zélande, c’est l’absence de religion.

(Heathen power !)

Après les hérétiques, donc, on trouve les Protestants. Et, ayant été élevée par des athées et éduquée à l’école catholique, j’avoue que j’ai beaucoup de mal à m’y retrouver entre toutes les mouvances du protestantisme.

Au moins, les Catholiques, ils font dans la simplicité : boum, le Pape décide tout et tout le monde est d’accord. Mais chez les Protestants, comme leur nom l’indique, on aime protester.

Du coup, dès qu’il y en a un qui est pas d’accord avec les autres, pouf, il fonde sa propre église avec des tables de black-jack et des putes (pardon, l’habitude).

Donc c’est très compliqué pour moi de faire la distinction entre les Baptistes, les Anabaptistes, les Pentecôtistes, les Évangéliques, les Anglicans, les Presbytériens, les Congrégationalistes, les Réformés, les Méthodistes, les Adventistes, les Luthériens, et j’en passe parce que sérieusement, y’a genre huit mille différentes églises, c’est un cauchemar de s’y retrouver.

(Y’a juste les Mormons qui sont faciles à reconnaître, parce qu’ils se baladent toujours dehors et qu’ils essayent de te fourguer des bibles de poche.)

(C’est un peu comme les Témoins de Jéhovah, mais ils tirent pas la gueule.)

(En même temps, les Témoins de Jéhovah ils viennent t’annoncer l’apocalypse, je peux comprendre qu’ils soient pas jouasse en permanence.)

Après les Protestants, on trouve pas mal de Catholiques qui se sont égarés sur le chemin de Rome (11% de la population), trois-quatre Chrétiens Orthodoxes qui sont là vraiment pour la figuration (0.3% de la population), et une poignée de Chrétiens Maoris des églises de Rātana et de Ringatū (qui mêlent les anciennes croyances animistes avec la religion chrétienne) et qui totalisent un peu plus d’1% de la population.

Et en dehors des Chrétiens et des athées, y’a pas grand-chose sur cette île : 2% d’Hindous, 1% de Bouddhistes, 1% de Musulmans, et une petite poignée pêle-mêle de tout ce qui reste (Juifs, Sikh, et deux-trois religions New Age de hippies qui vendent des savons artisanaux aux marchés du samedi matin).

Ce qui est assez marrant, c’est que les seules communautés religieuses vraiment vocales en Nouvelle-Zélande sont parmi celles qui ont le nombre le plus faible de fidèles, à savoir les Baptistes (1.2% de la population), les Mormons (1%), les Témoins de Jéhovah (0.5%) et les Évangéliques (0.3%).

(Et rappelle-toi qu’on parle d’un petit pays, alors quand je parle des 1% de Mormons, je te parle de genre quarante mille pékins.)

(Ils te rempliraient même pas un stade de rugby.)

C’est donc à ces prédicateurs que je vais rendre hommage aujourd’hui, grâce aux barres de rire qu’ils me procurent à chaque glorieux prospectus glissé dans ma boîte aux lettres.


Et s’ils me font tant rigoler, ce n’est pas pour leurs croyances, mais plutôt pour les méthodes qu’ils emploient pour m’enfoncer leur doctrine dans la gorge.

Parce qu’autant je conçois que la spiritualité puisse avoir une part importante dans la vie privée d’une personne, autant je comprends l’envie de transmettre cette idéologie à ses enfants comme faisant partie d’un héritage culturel, autant j’ai jamais saisi le principe de venir sonner à la porte d’inconnus complets pour essayer de leur faire changer d’avis sur ce qui est intrinsèquement une affaire de convictions intimes.

(Genre je vais t’écouter.)

(Mec, j’te connais même pas, qu’est-ce qui te fait croire que j’en ai quelque chose à foutre de ton avis ?)

(Je pourrais ouvrir la porte couverte de sang de chèvre en hurlant GLOIRE A BELZÉBUTH, j’aurais même pas honte.)

Après, les Témoins de Jéhovah qui sont venus toquer à ma porte et les Mormons qui sont venus m'aborder dans la rue (oui, en Nouvelle-Zélande, les seuls mecs qui viennent t'aborder dans l'espace public, c'est les Mormons) (honnêtement je préfère), enfin bref, ils étaient toujours très polis et pas trop insistants. 


Donc au final, les prêcheurs de rue restent beaucoup moins emmerdants qu'un "Eh Mademoiselle, vous êtes bien charmante, oh sale pute j'te parle" de base, mais je continue à penser que leur méthode laisse à désirer.

(Je me demande combien de gens ils ont réussi à convertir sur le chemin du boulot, parce que je sais pas toi, mais à 7 heures du mat, j'ai pas trop la tête aux questionnements ontologiques.)


Et puis il y a les Baptistes, qui ne font pas du porte-à-porte, mais utilisent la méthode plus soft des pamphlets dans la boîte aux lettres.

Et, tout comme le porte-à-porte, le concept du pamphlet m’esbaudit franchement.

Si c’était un truc destiné aux gens déjà croyants, passe encore. (Genre « eh au cas où t’étais pas au courant, on a une super nouvelle église dans ton quartier, viens nous faire un coucou, y’aura des hosties et du jus de raisin, ça va être super duper ». Pourquoi pas.)

Ce que je trouve intéressant, c’est que les pamphlets que je reçois s’adressent principalement à des hérétiques dans mon genre.

Et, bon, okay, y’a pas de mal à essayer, mais franchement, quand je reçois de la littérature de ce genre, ma première réaction c’est toujours DE QUOI J’ME MÊLE ?

Sérieusement, est-ce que moi je viens mettre des pamphlets dans ta boîte aux lettres pour te dire « Eh croire en Dieu ça pue du cul, deviens athée tu verras c’est vachement plus cool, on aime la science et on a tous peur de mourir, viens vivre avec nous dans la crainte du néant post-mortem, tu vas kiffer » ?

NON !

(En plus, v’là le degré zéro de l’argumentation.)

(« Je pense que mon Dieu c'est le meilleur Dieu de tous les Dieux, alors tu ferais mieux de penser la même chose, sinon mon Dieu va venir te taper. »)

Donc, tu l’auras compris, le prêchi-prêcha, ça m’exaspère. Et face aux attaques de la religion, je reste sceptique, et même carrément méfiante.



(Ça fait genre deux ans que j'attends de pouvoir caser ce GIF.)

Mais les petits pamphlets de l'Eglise Baptiste d'à côté de chez moi, ils me font quand même beaucoup rigoler.

(Bon, je dis "à côté", techniquement ils sont à Pakuranga, donc c'est de l'autre côté de la rivière. Mais c'est à moins de 5 kilomètres, donc en distances Aucklandaises, c'est à côté.)


Je reçois leurs prospectus de manière assez régulière, et ça fait plusieurs mois que je les mets amoureusement de côté dans le but d'en faire un article. Là j'en ai cinq, je pense que c'est pas trop mal.


(En plus dernièrement, j'ai reçu que des doublons.) (Mais je les ai gardés quand même, au cas où y'a des gens qui les échangent.) (Comme des cartes Pokémon.) (Bref.)


Hop, trèves de bavardages, je commence direct avec mon pamphlet préféré:





(Le baptême des nouveaux-nés: que dit la Bible?)




(RIEN.)

Bon, ça a le mérite d'être plutôt clair, et c'est rien de bien étonnant parce qu'on est chez les Baptistes, qui, comme leur nom l'indiquent, ne rigolent pas sur la question du baptême.

(En gros, ils partent du principe que seuls les gens qui croient sincèrement en Dieu doivent êtres baptisés – et comme les bébés sont trop jeunes pour exprimer leur foi, il ne faut pas les baptiser tout de suite.)

Bref, j'ai lu tous les pamphlets d'un bout à l'autre, et les Baptistes d'à côté de chez moi semblent être juste un poil obsessionnels avec l'idée d'aller au Paradis, parce que c'est le sujet de TOUS leurs prospectus, cf. cette analogie bancale avec les voies romaines, et ce SUBLIME tract avec photo de coucher de soleil prise en 1978:






(Et puis un jour faudra qu'on m'explique pourquoi tous les trucs vaguement en rapport avec la spiritualité utilisent des couchers de soleil dans tous les sens.)

Et, surtout, le GÉNIE TOUT-PUISSANT qu'est ce visuel:



(Je ne sais pas ce qui me plaît le plus dans cette image: le fond rose Barbie, les deux têtes flottantes au milieu de l'image qui ont l'air d'être en plein bas trip, ou le mec tout en bas qui a moins une tête de mec qui craint le châtiment divin, et plus la tête d'un mec qui vient de hurler "OH MON DIEU C'EST L'ATTAQUE DE LA MAIN GÉANTE!!!")

Bref.

Les Baptistes croient au Paradis, et attention la description, c'est pas rien, le machin:



Selon les extraits choisis ici, le Paradis est donc un endroit avec douze portails de perles, des murs de jaspe (une pierre semi-précieuse, qui ressemble au jade) et des rues pavées d'or.


En gros, le Paradis est ULTRA PIMP.

Sans déconner, moi je lis une description comme ça, je pense pas "Paradis", je pense "manoir de Tony Montana". 
(A moins que ce ne soit une stratégie pour recruter les gangsta rappeurs?)

Mais ce n'est pas tout: le Paradis est aussi décrit comme un endroit où il n'y a "ni soleil, ni lune, mais une lumière constante qui émane de la Gloire de Dieu."

Et là je dois dire: je suis pas Chrétienne, mais cette image me rappelle quand même furieusement quelque chose. Pas de soleil ni de lune, une lumière éternelle....

Putain mais c'est le Silmarillion!



C'est carrément le Silmarillion!

C'est Valinor avant le Premier Age, quand il était illuminé par Laurelin et Telperion, les arbres de Yavanna, avant qu'ils ne soient détruites par Melkor et que les Valar ne créent le soleil et la lune à partir de leurs fruits!

(Pardon à ceux et celles pour qui ce paragraphe n'avait aucun sens, mais les vrais Sauron(t) de quoi je parle.)

Alors là, j'ai bien envie de dire "FOUTAGE DE GUEULE LES BAPTISTES VOUS AVEZ TOUT COPIÉ J.R.R. TOLKIEN", mais ce serait quand même de l'hyper mauvaise foi, puisque :

de 1. c'est difficile de dater précisément quand la Bible a été écrite vu qu'il y a eu des morceaux rajoutés pendant des siècles, mais je suis quand même plutôt certaine qu'elle était bien finie quand J.R.R. Tolkien a écrit ses bouquins, et 

de 2. C'est de notoriété publique que J.R.R. Tolkien était un sacré copieur, cf. les mythes bibliques, Beowulf, et l'ensemble de la mythologie nordique et germanique qu'il a allègrement pompés jusqu'à plus soif.



(Oh tiens salut le poème scandinave de la fin du dixième siècle, est-ce que tu ne serais pas LA RÉSERVE PERSONNELLE DE NOMS DE NAINS POUR JOHN RONALD REUEL PAR HASARD?)

(Le chair est faible et nos idoles sont mortes.)


Bref, on a un peu divergé du sujet.


Mes copains Baptistes d'en bas de la rue, donc, ils aiment bien le Paradis, et ils aiment bien aussi discuter pendant des millions d'heures des conditions à remplir pour y entrer. Et c'est là que ça devient intéressant.


Parce que d'abord, ils t'expliquent que le Paradis c'est super duper, puis ils te disent qu'en fait tu pourras pas y aller.

En effet, selon nos potos les prédicateurs, la bataille est perdue d'avance: on est tous des pécheurs, l'humanité est corrompue, et donc en fait aucun de nous ne peut aller au Paradis, parce qu'on ne peut pas vivre une vie entière sans pécher une seule fois.


En plus c'est pas vraiment comme si y'avait profusions de choix, puisque les autres prospectus t'expliquent qu'il n'y a que deux options pour ton âme: le Paradis, ou l'Enfer. Mais du coup, comme on est tous des pécheurs, ben... on va en Enfer automatiquement.

Et pardon mec, je veux pas te dire quoi faire, mais j'ai étudié la com, et je peux te dire tout de suite: NE MÈNE PAS AVEC CET ARGUMENT!

Une personne normale a genre 8 secondes d'attention à t'accorder, et toi tu commences ton pamphlet avec:

- Bonjour, vous voulez aller au Paradis? Eh ben vous pouvez pas! Même si vous êtes la personne la plus chouette du monde, c'est raté. C'est l'enfer pour ta gueule, mon petit Maurice, déso pas déso.

Du coup ça nique tout ton effet de style, parce qu'au moment où tu dis:

- Mais en fait, on peut quand même aller au Paradis, je vais vous expliquer comment!

C'est trop tard Gilbert, on a déjà enlevé nos vêtements et on est partis courir dans la rue en foutant le feu et en chantant "Foutus pour foutus".

(En tout cas, moi, c'est ce que je ferais.)

Bref, nos potos nous expliquent par la suite (aux rares qui ont pas déjà décroché pour aller semer la terreur) qu'en fait si, on peut aller au Paradis, c'est même super simple en fait, il faut juste lire la prière écrite sur le prospectus.




(C'est simple comme un parchemin de boules de feu.)

Bon, ça c'est un exemple de prière assez soft, qui dit en substance "Gentil Dieu, pardonne mes péchés, je crois en Jésus et je l'accueille dans mon coeur, et je vais obéir au Seigneur, ça va être super chouette".

Mais y'a aussi des prières un peu plus hardcore, en mode "J'vois même pas pourquoi tu t'emmerderais à venir me sauver, je suis un pécheur, JE MÉRITE DE MOURIR".

Non, mais vraiment.

Ça dit vraiment "Je mérite de mourir".



Alors de deux choses l'une, Jean-Luc Baptiste: ou alors, toi et moi, on traîne pas vraiment avec les mêmes personnes, ou alors, ton église est vachement stricte sur la question de ce que constitue un péché mortel.



(Ma vision de l'Eglise Baptiste après la lecture de ces prospectus.)

Ce que je trouve paradoxal dans ces pamphlets, c'est que l'auteur te répète que tout le monde mérite l'Enfer parce que tout le monde pèche, mais à partir du moment où tu te repens et que tu acceptes Jésus, hop, c'est porte ouverte pour le Paradis.

Et je sais pas comment ça se passait chez toi, mais moi, tous les croyants à qui j'ai eu affaire au cours de ma vie m'ont toujours dit que, pour accéder au Paradis, il fallait être une bonne personne. Faire le bien autour de soi, aimer son prochain, tout ça.

Mais ce qui m'étonne, c'est que là, les Baptistes ils disent que oui, mais non, on s'en balek en fait que tu sois une bonne personne ou pas. Cf. l'extrait ci-dessous, où ils disent, en somme: ça ne sert à rien d'être une personne exemplaire, de donner de l'argent aux bonnes œuvres, ou d'aller à l'église régulièrement. C'est juste de l'égoïsme, et c'est pas ça qui va te garantir ta place à la droite du Seigneur.



Okay, donc je comprends l'idée de base, qui est de dire: on ne peut pas mériter sa place au Paradis, parce qu'on n'est que des humains pleins de péchés, et seul Dieu peut décider si on a le droit d'être sauvés.

Bon. Soit.

Mais alors en fait on peut être un connard fini et aller au Paradis, c'est ça que t'es en train de me dire?

Je peux vivre en hérétique toute ma vie, incendier des forêts, tuer des pandas, cracher sur des petites vieilles, et ça n'influencera pas le jugement divin même pas un tout petit peu? Du moment que j'accepte Dieu dans mon coeur, c'est bon, c'est open bar, j'entre au Paradis comme dans un moulin?

Mais du coup, le Paradis des Baptistes est plein de connards, ou comment ça se passe?

Moi tout ce temps-là on m'avait dit que le Paradis, ça se mérite, que c'est un club select que pour les meilleurs gens du monde, alors qu'en fait le videur il laisse passer Hitler en même tempe que Mère Thérésa, mais WHAT THE FUCK?

Et pour ceux qui penseraient que je simplifie, pas du tout, les pamphlets t'offre littéralement le pardon divin dans une boîte de Bonux: selon le prospectus, t'as juste besoin d'annôner la prière qu'on te donne en pensant très fort à Jésus, et hop, c'est bon! Et si tu te dis que c'est trop facile, ils ont la solution pour ça aussi:



("Si vous y avez cru, vous avez reçu ce que Dieu a promis - le pardon et le salut. Si vous n'êtes toujours pas certain, relisez ce prospectus plusieurs fois jusqu'à ce que vous en soyez sûr.") 

Oh ben dis donc c'est bien pratique Marcel.

Moi qui pensais que j'allais devoir faire des efforts et tout pour accéder au Paradis, en fait trop pas! Je peux continuer à mener une vie de péché et garder ce prospectus sur moi comme on met de côté la carte "Sortie de Prison" au Monopoly. Comme ça, quand l'heure de ma mort approchera, j'aurai juste à relire trois fois ma prière, et hop! Pardon divin instantané.

(C'est à se demander pourquoi les Catholiques s'emmerdent encore avec le confessionnal.)


Mais ce ne sont pas les Catholiques qui occupent la place numéro un parmi les ennemis juré des Baptistes: ce sont les Témoins de Jéhovah.


Ils les détestent tellement qu'ils ont même fait un petit pamphlet uniquement pour avertir les gens du danger des Témoins de Jéhovah, et attention la merveille, vise un peu cette image de couverture:




Alors, deux choses:

Numéro un: ceci n'est pas un Témoin de Jéhovah. Ceci est clairement Joseph Staline, habilement déguisé en Témoin de Jéhovah pour tromper la méfiance de l'ennemi capitaliste. (Non représentés sur cette image: les dizaines de tanks soviétiques en attente derrière la porte.)

Numéro deux: ah bah ouais Maurice le Baptiste, t'as peur qu'on vienne marcher sur tes plate-bandes, mais en même temps, si tu veux convertir les gens, t'as qu'à te bouger les miches et aller toquer aux portes comme les autres, au lieu de distribuer tes petits tracts passifs-agressifs.

Et quand je dis "passif-agressif", c'est pas du chiqué:




("On trouve beaucoup de mensonges dans les enseignements de Témoins de Jéhovah, mais je n'aurais pas la place de tous les examiner ici.")



(Ça blâme sévère chez les Baptistes de Pakuranga.)

Bon, je vais pas te faire tout le pamphlet, mais en gros, les Baptistes sont vénères parce que la doctrine des Témoins de Jéhovah divergent de la leur sur des trucs minuscules et complètement insignifiants pour quasiment n'importe qui, du genre : les Témoins de Jéhovah croient en Jésus et en sa résurrection, mais pas sous une forme corporelle – à la place, ils disent que Jésus est revenu à la vie sous forme d'esprit.

J'ai envie de dire, on s'en bat un peu la race, non?

Esprit, corps, bon, on va pas enculer les mouches, tout le monde est d'accord sur l'histoire de Jésus et de la résurrection, ça vous suffit pas?

Ben non, apparemment il faut que tout le monde soit d'accord sur les moindres petits détails, sinon c'est la guerre.


Attends, je reformule: il faut que tout le monde soit d'accord sur les moindres petits détails d'un livre vieux de plusieurs millénaires, écrit sur plusieurs centaines d'années, par plusieurs dizaines de gens, et traduit d'une langue à l'autre pendant des siècles et des siècles d'histoire humaine.

(Eh ben mon vieux, on est bien marrons.)

Et pour te dire à quel point Jean-Marc Bigot ne fait aucun effort, c'est qu'il utilise plusieurs fois dans son prospectus le mot "mensonge". C'est-à-dire qu'il est persuadé que les Témoins de Jéhovah n'ont pas juste des divergences sur quelques points: il pense qu'ils connaissent la "vérité" et qu'ils mentent aux gens EXPRÈS:




("On voit très facilement que la doctrine des Témoins de Jéhovah est une accumulation de mensonges et de déformations de la parole divine. Leurs enseignements sont faux depuis le début.")


Ça va bien sinon la mauvaise foi, Michou?


T'es pas trop à l'étroit dans ton esprit?




(Non, nickel.)

Bref, c'étaient tous mes pamphlets de propagande.

(Je te tiens au courant si j'en reçois d'autres.)

Je voudrais terminer cet article en mentionnant une nouvelle religion qui fait fureur dans ce beau pays qu'est le nôtre:

THE CHURCH OF THE FLYING SPAGHETTI MONSTER.



(En français: pastafarisme)

The Church of the Flying Spaghetti Monster est, comme son nom l'indique, une parodie de religion, née aux Etats-Unis sous forme de protestation contre l'enseignement du créationnisme dans les écoles publiques. Le fondateur du mouvement avait à l'origine écrit une lettre satirique au Comité d'Education de l'Etat du Kansas, en y expliquant que sa théorie, selon laquelle le monde et l'humanité avaient été créés par un monstre volant fait de spaghettis, était tout aussi valable que la théorie du créationnisme, et qu'il voulait donc qu'on l'enseigne aussi aux petits enfants.

L'auteur n'ayant reçu aucune réponse à sa lettre, il décide de la publier sur Internet, et comme c'est Internet, évidemment, le truc explose. Des milliers de gens au sens de l'humour exquis s'emparent du phénomène, se baptisent "Pastafarians", écrivent une Évangile, et inventent même des fêtes religieuses pour aller avec le culte nouvellement créé.

(Il existe par exemple "Pastover"et "Ramendan", où on mange des nouilles en célébration.)



Bref, le pastafarisme est une "religion" plutôt bon enfant et pleine de jeux de mots funs, et dont le but n'est pas tant de se moquer de la religion que de l'usage politique qui en est fait. 

Parce que bon, je comprends que ça puisse paraître gamin et inutile de parodier des pékins pétés du casque qui beuglent que la sécheresse en Californie est dûe aux homosexuels et que les dinosaures n'ont jamais existé parce que la terre a été créée y'a six mille ans. J'ai envie de dire: "ces gens se décrédibilisent clairement eux-mêmes, pas la peine d'en rajouter".

Sauf que si, la peine d'en rajouter.

Parce qu'entre-temps, y'a quand même certains de ces tarés qui sont actuellement en lice pour devenir PRESIDENT DE LA PLUS GRANDE ARMÉE DU MONDE.

(HUMHUMTedCruz.)

Bref.

Et la Nouvelle-Zélande, dans tout ça, me demanderas-tu?

Eh bien, en Nouvelle-Zélande, le pastafarisme est récemment devenu super populaire.

Pas en tant que mouvement contestataire, puisqu'ici on est des gens normaux et que personne n'est fondamentalement assez con pour croire que si on pénalise l'IVG ça va reboucher le trou dans la couche d'ozone, ou je sais pas quelle merde.

(Y'a eu une fois un mec qui a écrit au Parlement pour dire que la sécheresse était causée par le mariage gay, et le pays tout entier s'est foutu de sa gueule pendant trois mois.)

Non, ici, c'est juste que les gens trouvaient ça rigolo, le pastafarisme.

Et comme la loi Kiwie est très vague sur la question de ce qui constitute une religion, elle a constamment légiféré en faveur de la Church of the Flying Spaghetti Monster. 

D'abord en 2014, quand Russell Tomes a été autorisé à porter une passoire sur la tête sur sa photo d'identité (ladite passoire a été approuvée comme "couvre-chef religieux"). 



Et puis le dernier développement dans l'histoire, c'est qu'en plus d'être l'un des trois pays au monde où la Church of the Flying Spaghetti Monster est reconnue comme une religion (si si), la Nouvelle-Zélande a récemment accordé à ses membres le droit d'officier des mariages. 

(C'est-à-dire qu'ils peuvent VRAIMENT te marier. Genre un mariage légal, pas besoin de passer chez le maire ni rien.)

Pour tous les pastafarians désireux de "tie the gnocchi", il y a maintenant Karen Martyn, première officiante de mariages – ou "Ministeroni".

(Ces jeux de mots, je ne m'en lasserai jamais.)

Donc voilà, c'était juste pour confirmer que mon pays est officiellement le plus fun du monde.

Tu peux reprendre le cours de ta vie chiante.



Si ton anglais est bon, tu peux aller lire plein de jeux de mots à base de nouilles sur le site officiel de la Church of the Flying Spaghetti Monster en Nouvelle-Zélande(Et admirer leur bannière DE TOUTE BEAUTÉ.)

Sur ce, gros bisous à tout le monde, aimez-vous les uns les autres, et s'il pleut dehors, n'oubliez pas de mettre votre passoire.

(C'est une blague, hein.)

(Prends un parapluie, ma couille.)

samedi 20 février 2016

L'invasion des profanateurs de domicile


Et donc j’ai des limaces chez moi.

Mais pas genre « j’ai des limaces dans mon jardin », non.

J’ai des limaces CHEZ MOI.

DANS MA MAISON.

QUI BAVENT SUR MA MOQUETTE.

Ça a commencé un soir de solitude en janvier, quand je me suis levée pour aller faire pipi au milieu de la nuit et que j’ai marché sur un truc visqueux.

Autant te dire que mon cerveau s’est tout de suite mis en mode ‘légendes urbaines’ et m’a ressorti en une-demie seconde tous les contes de feu de camp que j’avais entendus au cours de ma vie.

(«Et là, elle se rend compte que le ‘plic plic’ n’est autre que le bruit du SANG GOUTTANT DE LA TETE DÉCAPITÉE DE SON CHIEN»)

Donc j’ai allumé la lumière d’une main tremblotante, en priant intérieurement pour que je ne me retrouve pas face à un bout de boyau ou un morceau de cervelle.

(Je sais pas de qui ça aurait pu être le boyau ou la cervelle, vu que Flaxou était en vacances et qu’on n’a pas d’animaux, mais il était une heure du matin, alors tu m’excuseras si j’étais pas le René Descartes du raisonnement.)

Et c’était une limace.

(Je sais pas si j’aurais pas préféré des boyaux, honnêtement.)

Alors on va passer outre sur le fait que la limace avait probablement un squelette en adamantium, vu qu’elle était encore toute guillerette et pleine de vie alors que je venais quand même de lui piétiner la tronche, et on va plutôt s’interroger sur le fait que BORDEL DE MERDE QU’EST-CE QU’UNE LIMACE FOUT DANS MA CHAMBRE ?

Ça n’a aucun sens !

Déjà y’a rien pour elle ici : pas de bouffe (pas même des miettes de bouffe) ni d’eau, donc je vois pas ce qui l’aurait attirée dans le coin.

D’autant que c’était pas vraiment évident pour elle de s’égarer du jardin pour se retrouver dans la chambre, vu que la seule fenêtre qui donne sur l’extérieur est placée à un mètre de hauteur, donc à moins d’être la reine du parkour et d’être sérieusement motivée, je vois pas comment elle a pu atterrir sur ma moquette.

Du coup, j’ai ramassé l’imprudente avec un bout de papier, je l’ai promptement jetée dehors, et j’ai refermé la fenêtre avant d’aller me coucher, en me disant que ce serait une histoire rigolote à raconter à Flaxou quand il reviendrait.

SAUF QUE.

Sauf que le lendemain, je suis rentrée du boulot le soir, et tout mon salon était luisant de bave.

Et j’ai retourné toute la maison, et la fautive n’était NULLE PART.

Alors, de deux choses l’une :

1. Soit la limace était revenue se venger de son expulsion de la veille en foutant des graffiti de bave partout, avant de s’éclipser par le trou d’où elle était venue ;

2. Soit c’était une autre limace qui était venue m’intimider façon guerre des gangs en marquant son territoire partout chez moi pour faire passer un message.

(Genre « Ce salon appartient aux Hauraki Slugs, et tu ferais bien de t’en souvenir ».)

Dans tous les cas, ça me laissait avec deux problèmes : d’abord, j’étais officiellement en guerre avec le peuple des limaces, et ensuite, COMMENT ELLES ARRIVENT À ENTRER PUTAIN Y’A AUCUNE PORTE OUVERTE NULLE PART !


Bon, pour être honnête, ma maison, comme toutes les maisons néo-zélandaises, est plus ou moins une version glorifiée de la maison en carton du petit bonhomme de Pirouette Cacahuète. Concrètement, ça veut dire qu’il n’y a pas d’isolation, et donc qu’il y a des trous partout au niveau des portes et des fenêtres.

(Exemple : quand il y a du vent dehors, les rideaux dans le salon s’envolent. FENÊTRES FERMÉES.)

Donc je peux facilement concevoir que ce ne soit pas trop compliqué pour une limace de trouver un moyen de s’infiltrer dans ce gruyère que j’appelle mon chez-moi.

Mais je ne peux toujours pas concevoir POURQUOI.


Je ne comprends pas ce qui les attire à l’intérieur de ma maison, alors que dehors elles ont de l’herbe, de l’humidité, et même des plants de salade rien que pour elles dans le jardin !

(Au départ c’était pour nous, mais j’étais partie pendant un mois, et tu te doutes bien que Flaxou ne va pas manger des légumes si je suis pas là pour le forcer.)

Bref, ça fait un mois.


Un mois que presque tous les matins, je retrouve mon salon tagué à la bave de limace façon Jackson Pollock, et un mois que j’arrive pas à trouver où elles se cachent (et, si c’est la même, comment elle survit dans la maison depuis tout ce temps).

(Est-ce que les limaces ça peut survivre en mangeant de la poussière, et éventuellement des vieilles miettes de pop-corn ?)

Je suis même allée consulter ce puits de sagesse sans fond que l’on nomme les forums Internet (oui, j’en suis à ce stade-là) pour trouver comment me débarrasser des limaces sans poison (parce que je suis une enfant de hippies et que je rechigne à l’idée de tuer des créatures innocentes).

(Sauf les araignées – ces connasses.)

Et laisse-moi te dire que ça n’a pas aidé à me redonner foi en l’humanité.

Parce que les gens, ils sont bien sympa, mais entre ceux qui te balancent des remèdes sortis du cul d’une poule (« J’ai entendu un jour quelque part, peut-être dans un rêve, que pour se débarrasser des limaces, il fallait émietter des Petits Écoliers sur le pas de la porte ») et ceux qui te divulguent les solutions passées de génération en génération par des ancêtres visiblement tombés dans la marmite de consanguinité quand ils étaient petits (« Oui alors mon arrière-grand-oncle, pour se débarrasser des limaces, il tournait autour du jardin sur une jambe les soirs de pleine lune enroulé dans du jambon »), autant te dire que c’était pas gagné.

(Et je ne parle même pas des babas cool qui viennent participer au forum pour dire « Moi j’accueille nos amis les gastéropodes avec joie dans mon humble demeure. Gaïa est à tout le monde. » AH BAH TU M’AIDES VACHEMENT, JEAN-MICHEL BAVEUX.)

J’ai aussi entendu tout et son contraire sur les vertus de la bière («Ca les repousse» «Non, ça les attire!») et de la chicorée («Elles détestent ça!» «Non, elles adorent!»), du coup j’ose pas trop tester par peur de me retrouver avec les limaces des voisins en prime (manquerait plus que ça).

J’ai aussi lu qu’il fallait que je répande des huiles essentielles, que je plante de la menthe, que je disperse du basilic, que j’asperge du jus de citron, et quoi Simone tu veux que j’te fasse une vinaigrette aussi ou ça va aller comme ça ?


(D’autant que j’avais déjà testé l’huile essentielle de cannelle pour éloigner les fourmis, et pendant trois semaines, ça sentait moins comme une maison et plus comme le QG du lobby du pain d’épices.)

(Heureusement qu’on est Alsaciens, on a l’habitude.)

Bref, les limaces ninja continuent de sévir.


Je songe désormais à placer une caméra dans le salon la nuit pour choper les fautives la main dans le sac, et dans le même temps réaliser le found footage film le plus pourrave du monde.

(Non, je déconne.)

(Ce sera toujours meilleur que Paranormal Activity 4.)

À part ça, ma seule idée implique une boîte en équilibre sur un bâton, une ficelle et un morceau de fromage, mais je crois que, de 1, c’est pour les souris et, de 2, c’est seulement dans Tom et Jerry que ça marche.

Mais tant que je me réveille pas avec une feuille de salade dans mon lit, je m'inquiète pas trop.



(Ce serait perturbant.)

Donc, lecteur, lectrice, si t’as déjà subi des invasions de limaces, je suis ouverte aux conseils.

Si t’as déjà subi des invasions d’autres créatures (fourmis, rongeurs, poltergeists) fais péter les commentaires, ça m’intéresse aussi – ne serait-ce que pour me vautrer dans la Schadenfreude.

Allez, bisous les p’tits loups ! Et je vous dis même, comme à la grande époque du collège : Big Bisous Bien Baveux.

(Rapport à la bave de limace.)

(Pas rapport au fait que mon vocabulaire n’a pas évolué depuis 2002.)

Lâchez vos com’ssssss !

samedi 13 février 2016

L'Instant Kiwi: Un long week-end au Taranaki


Comme tu le sais, pendant mon exil en célibataire, je craquais un peu.

(C’est dur la vie quand on n’a pas de mec et pas de chat.)

Comme en plus Flaxou m’avait abandonnée pour les deux longs week-ends de février, je faisais de mon mieux pour passer le plus de temps possible dehors, histoire d’avoir une vie sociale au moins une fois dans l’année.

Donc, quand des potes m’ont proposé de passer le week-end de Waitangi à New Plymouth, je n’ai pas hésité.

Pour les non-kiwiphones, je m’explique : Waitangi Day, c’est le 6 février, et c’est un peu l’équivalent de la fête nationale en Nouvelle-Zélande. (Sauf qu’ils célèbrent pas leur indépendance, vu qu’ils l’ont toujours pas.) (Sujets de la couronne britannique FOREVAH.) Cette année, Waitangi Day tombait un samedi, et comme on est dans le meilleur pays du monde, on y applique la meilleure loi de l’univers, à savoir que, si un jour férié tombe un samedi ou un dimanche, il est reporté au lundi suivant.

(Du coup on a LA RACE de longs week-ends.)

(Qui veut lancer une pétition pour faire la même chose en France ?)

(Et avant qu’on vienne me dire « Gna gna mais en France on a déjà plus de jours fériés que tout le monde », TROP PAS. Il y en a onze sur toute l’année – je ne compte pas les deux jours de rab qu’on a en Alsace – et onze en Nouvelle-Zélande, alors y’a pas de raison.)

Et donc mes amis avaient décidé de se faire un petit week-end relaxant à New Plymouth, ici :



Sauf qu’en fait leur notion de relaxation incluait escalader un volcan à mains nues.

Ce volcan, c’est le Mont Taranaki, que voici sur une photo prise d'en haut :




(Tu conviendras que c’est pas de la gnognotte.)

Le Taranaki culmine à 2500 mètres d’altitude, ce qui en fait le second plus haut volcan du pays (juste derrière le Mont Ruapehu). C’est un volcan « jeune » d’environ cent mille ans, et techniquement toujours actif, même si sa dernière explosion remonte au dix-neuvième siècle et qu’ici, on le considère donc comme éteint. (Vu qu’on considère un volcan « éteint » du moment qu’il a pas explosé dans les trois dernières années.)

(Paye ton pays sur une faille océanique.)

Le Taranaki est situé au bord de l’Océan Indien, très loin des autres grands volcans de l’Ile du Nord (qui sont tous au milieu, dans la région de Taupo). La légende maorie dit qu’il se trouvait autrefois aussi dans la région de Taupo, mais qu’il s’est pris la tête avec les autres volcans parce qu’ils voulaient tous pécho le volcan Pihanga (qui est un volcan fille).

(La spiritualité maorie part du principe que chaque chose est dotée d’une âme, et les montagnes sont particulièrement sacrées, donc si les volcans ont des attributs humains, c’est normal.)

Bref, c’est le Tongariro qui gagna la bataille, infligeant de profondes blessures à Taranaki, qui prit la fuite vers l’Ouest (formant dans son sillage les gorges de la rivière Whanganui), fit une pause a Ngaere (formant la dépression qui est aujourd’hui le marais Te Ngaere), puis resta pétrifié par le soleil levant à l’endroit où on le trouve encore aujourd’hui.

Le mont Taranaki apparaît la plupart du temps entouré de nuages, et la légende dit que c’est le volcan qui pleure son amour perdu.

De son côté, les explosions fréquentes du Tongariro seraient un avertissement pour Taranaki, histoire de lui dire en langage volcan qu’il a pas intérêt à essayer de revenir pécho sa go.

(C’est un peu un mélange de Shakespeare et de Booba.)

Bref bref.

Le Taranaki, comme son ennemi « Mount Doom » Tongariro, est aussi célèbre au cinéma, puisque c’est lui qu’on peut voir en arrière-plan en train de faire semblant d’être le Mont Fuji dans ‘Le Dernier Samouraï’ avec Tom Cruise.

(De toute manière, ce film n’en était pas à une erreur près.)

 Et, comme pour le Tongariro, plusieurs milliers de personnes viennent faire l’ascension du mont Taranaki chaque année.

Et moi, forte de ma victoire sur le Tongariro l’an passé, je me suis donc exclamée :

- Ha ouais, trop cool, j’adooore escalader des volcans ! Trop fastiche fastoche.

Oui sauf que non, ferme bien ta grande gueule, Charlotte du passé.

Parce que le Tongariro, même Dora l’Exploratrice arriverait à le grimper (et son petit sac à dos aussi). Mais le Taranaki, c’est plus du domaine de Stallone dans ‘Cliffhanger’, si tu vois le délire.



(Mais peut-être avec une pose moins 'héroïne de comics')

Le Taranaki est d’ailleurs la deuxième montagne la plus meurtrière de Nouvelle-Zélande (après le Mont Cook, sur l’Ile du Sud), et compte pas moins de 82 morts à son tableau de chasse.

(Bon, 82 morts depuis 1891.)

(Ça fait moins d’un mort par an.)

(Les grille-pains tuent plus de gens.)

Bref bref Brejnev.

Et pourtant, je suis pas partie avec ma bite et mon couteau, je suis quand même allée me renseigner sur la rando auprès du DOC (Department of Conservation – le ministère des parcs nationaux, en gros). Sauf que comme ils m’ont sorti les mêmes intimidations que pour le Tongariro (à base de « Essaye même pas tu vas mourir, y’a que Bear Grylls et Sir Edmund Hillary qui sont arrivés au sommet »), du coup, ben je les ai pas écoutés.

(C’est la fable classique du garçon qui criait au loup.)

Du coup, je me suis retrouvée à six heures du matin avec mes amis (qui, dois-je le préciser, sont tous des sportifs de l’extrême qui font des triathlons tous les week-ends) au pied du volcan – et littéralement au PIED. 



C’est-à-dire qu’on démarrait la rando à 900 mètres d’altitude, et qu’on devait grimper jusqu’à 2500.

Sachant que la balade fait douze kilomètres aller-retour, ça nous fait grosso modo 1600 mètres de dénivelé sur 6 kilomètres.

La première partie commence du parking au pied du volcan jusqu’à un refuge à 1500 mètres d’altitude, et c’était somme toute pas trop difficile, parce que, certes, c’était MEGA RAIDE, mais on était encore au stade où y’avait de la végétation, et où la terre était bien dure et compacte sous nos pieds – y’avait même des passages avec des petites marches pour qu’on se fatigue pas trop nos petits petons.



Bref, mes potes ont tracé comme pas permis, et ont fait toute la première partie en une heure.

(Moi, il m’a fallu une heure et demie – je suis une petite patate, pas un Viking.)

Et après, on a débarqué dans un espèce de crossover de tous les endroits galère de la Terre du Milieu.

Ça a commencé par ce que j’ai instantanément renommée ‘les escaliers de Cirith Ungol’ – 500 mètres de dénivelé, et plus de 400 marches (oui, on les a comptées) qui serpentaient au milieu d’un ravin.



Sachant que, comme j’ai des jambes de lutin et que les escaliers, c’est jamais mes amis, pour moi c’était un peu ‘le Taranaki – Nigthmare Mode’.

(J’ai gravi les marches à deux à l’heure en me répétant « Tu peux le faire, tu peux le faire, tu es le Dovakhiin, une fois en haut tu vas dérouiller du dragon et ça va être super épique ».)

Une fois en haut des marches, j’ai fait une petite pause, parce que je sentais mon cœur battre dans mon visage et qu’apparemment c’est signe qu’on va mourir le temps de faire une jolie photo :


Et surtout parce que c’était la limite de la végétation, et qu’au-delà, il n’y avait plus rien que des cendres.

(J’ai appelé cette partie de la rando ‘Ashes and dust and thirst there is, and pits, pits, pits’.)

Et parlons-en, des cendres, parce qu’on a enchaîné avec les 90 minutes les plus longues de ma vie entière, alias le temps qu’il m’a fallu pour grimper TROIS CENT MÈTRES.

Parce qu’on devait avancer dans des scories, soit un mélange de graviers et de cendres volcaniques, et c’est un peu comme de marcher dans du sable ou dans de la neige, mais en rajoutant une pente glissante et des heures de fatigue dans les pattes.



(Ça me rappelait furieusement les fois où je dois échapper à des zombies en rêve, mais que j’arrive pas à courir, et puis ils me rattrapent et ils me déchiquettent en morceaux.)

(Donc en fait, c’était exactement comme de vivre mon pire cauchemar pendant une heure et demie.)

(FUN FUN FUN FUN.)

Autant te dire que je contemplais l’idée de tourner les talons et de rentrer à la voiture tout au long de ce passage – surtout quand je levais les yeux après dix minutes d’agonie pour me rendre compte que j’avais PAS AVANCE DU TOUT, puisqu’à chaque pas je m’enfonçais dans les cendres et je reculais un peu.

(Oui, Sisyphe, c’est moi, non je n’ai pas changé…)

J’étais arrivée au stade d’hystérie où je fantasmais sur l’idée de me laisser tomber dans ces bâtardes de cendres en hurlant de rage et de rouler jusqu’en bas de la pente en fauchant tous ces fils de pute de randonneurs sur mon passage, quand on est enfin arrivés sur un terrain rocheux.

(J’ai jamais été aussi heureuse de voir des cailloux de toute ma vie.)

(Et pourtant, même en temps normal, j’aime beaucoup les cailloux.)

On était donc arrivés à 2300 mètres d’altitude, et à ce que j’ai tout de suite appelé ‘l’Emyn Muil’ :




(Franchement, on s’y croirait, non ?)

En effet, le « chemin » qu’on suivait jusqu’ici disparaissait purement et simplement dans ces excroissances rocheuses, et comme en plus on était dans un nuage, c’était quasi-impossible de discerner les rares bâtons encore entiers qui marquaient la route à suivre (à moins d’avoir des yeux d’Elfe).

Donc, à partir de là, le chemin, c’était « tu vas vers le haut et tu pries pour pas tomber dans un ravin ».



Et ça peut paraître incroyable, mais cette partie d’escalade était franchement mon moment préféré de toute cette rando.

(Par contre, j’ai encore des petits cailloux incrustés dans les paumes.)

(Paye tes roches volcaniques effilées comme des rasoirs.)

Mais sinon j’ai vraiment kiffé cette partie-là : déjà parce que j’adore l’escalade, aussi parce qu’après la partie « Pays de cendres » de tout à l’heure, c’était carrément reposant de poser son pied quelque part et qu’il reste au même endroit, mais surtout parce que j’ai passé toute l’ascension à me rejouer la dernière heure du Retour du Roi dans la tête. (Tsé quand Sam il fait le héros et il porte Frodon jusqu’aux portes du volcan, et Gollum on croit qu’il est mort et en fait non, et ils se bagarrent et tout ça.)

Et j’ai continué un petit moment comme ça, perdue dans le brouillard, à faire des pauses de cinq minutes toutes les dix minutes.

Je me sentais un peu nulle parce que mes raclures de potes avaient tracé comme des bâtards sans même faire mine de m’attendre (merci les gars, hein) (le jour où c’est l’apocalypse de zombies, je sais qui je vais sacrifier en premier) mais au final j’étais quand même fière comme un prince quand j’ai atteint :

LE CRATÈRE.


AVEC DE LA NEIGE DEDANS.


EN PLEIN ÉTÉ.


ON ÉTAIT HAUT A CE POINT.


Donc je me suis permis un petit moment de triomphe pleine d’endorphines, en mode J’AI CONQUIS LA MONTAGNE RIEN NE PEUT M'ARRÊTER JE SUIS LA GLOIRE ÉTERNELLE.

(Il a fallu déployer des trésors de retenue pour ne pas balancer mon alliance au fond du cratère.)

(«Mais ça serait tellement fidèle au thème !».)

Et puis j’ai retrouvé mes potes, et on a fait un pique-nique express au sommet parce qu’on se les caillait sa mère.

(Presque autant qu’au bureau.)

(Paye ta clim à seize degrés au pays des malades mentaux.)

Puis c’était déjà le moment de redescendre, et là pour le coup c’était moi qui étais plus rapide que tout le monde. (Je mets tout le monde à l’amende en descente de rochers parce que mon corps est en caoutchouc, alors je peux plus ou moins juste me laisser tomber jusqu’en bas.) 



Et pourtant, j’ai attendu tous mes potes, parce que MOI, je suis une bonne amie.

(Une amie qui n’hésitera pas à leur défoncer les rotules le jour où il faudra détourner l’attention d’une horde de zombies, mais une bonne amie en attendant.)

Et même si la fatigue commençait à se faire bien sentir (3615 jambes qui tremblotent comme de la terrine de porc), la descente a quand même été vachement plus rapide que la montée – ce qui me conforte dans l’idée que l’être humain n’est pas fait pour aller vers le haut.

(Je sais qu’on est cousins avec les singes, mais y’a un chromosome qui a dû se perdre dans l’histoire, je sais pas.)

(Ou alors c’est parce qu’on a inventé les pizzas et les burgers, et eux pas.)

(L’un ou l’autre.)

Bref, huit heures plus tard, on était de retour à l’endroit exact d’où on était partis – autrement dit, on a passé la journée entière à se faire mal pour accomplir absolument rien de productif.



(Au final, c’est comme quand je passe mon samedi à jouer à The Witcher, mais en plus douloureux.)

(Bonne idée/20)

Bref, si tu es fan du Seigneur des Anneaux, et que tu es un peu maso sur les bords (même si du coup tu serais plutôt fan du Hobbit) (HAHA), je te conseille l’ascension du Taranaki, puisque la balade réunit à elle seule l’atmosphère des Deux Tours et du Retour du Roi.

(Par contre, on n’a pas la lave en fusion, donc -1 pour l’authenticité.)

Pour les autres, je conseille de rester chez soi et de manger des chips, parce que le sport ça fait mal.

(Et puis bon, s’il faut commencer à faire des efforts juste pour vivre plus de 50 ans, alors ou va-t-on, ma bonne dame ?)

mardi 9 février 2016

Séries 2015, Top & Flop – Partie 3: les bouses


On finit cette série d’articles qui m’a surprise moi-même par sa logorrhée (des fois je réalise pas que j’ai tellement de choses à dire sur un sujet avant de me lancer) (je m’excuse pour ceux et celles qui n’en ont rien à carrer des séries, mais chez moi c’est du sérieux, alors voilà).

(Si tu veux je te fais des articles sur les autres choses qui me passionnent au point d’en parler pendant des heures – ce sera des sujets encore plus obscurs, pour une audience encore plus de niche.)

(On pourra discuter mythologie comparée, creuser dans la symbolique du Silmarillion, ou bien parler de toutes les théories de fans sur Game of Thrones.)

(Le livre, hein, pas la série.)

(On n’est pas chez les p’tits joueurs par ici.)

Bref, tout ça pour dire : okay, je viens d’aligner trois articles uniquement sur les séries de 2015, mais, comme tu vois, quand je me lâche, ça peut être bien pire.

On finit donc par mon Flop personnel 2015 niveau séries, où je te présente celles que j’ai arrêté de regarder.

Parce que oui, quand on suit 30 séries de front, faut bien faire le tri, sinon on s’en sort plus.

(Et je sais que j’ai pas beaucoup de vie sociale, mais quand même.)

Mon tri cette année a été assez sage, parce que, comme tu l’as vu, y’a eu avalanche de bons programmes en 2015. Mais j’ai quand même mis deux-trois trucs à la poubelle, et les voici :


12 Monkeys


Une série pour laquelle j’étais pas super branchée dès le départ, étant donné que j’ai jamais vu le film donc elle est tirée. Mais je me suis retrouvée à la regarder quand même, parce que Professeur Flaxou était CHAUD PATATE.

(Les meilleurs films du monde selon Flaxou : 1. Starship Troopers, 2. District 9, 3. L'Empire Contre-Attaque, 4. Alien 3, 5. Stargate.)

(SENS-TU COMME UN THEME?)

Et maintenant tu comprends mieux pourquoi je vais souvent au cinéma avec des copains :

- Mais si, tu verras, Wes Anderson c’est trop un génie, y’a une brochette d’acteurs incroyables, l’histoire est drôle et tendre à la fois….
- Oui mais EST-CE QUE Y’A DES VOYAGES SPATIAUX ?

(Le souci, c’est quand personne n’est libre pour aller au ciné, et que je me retrouve à faire de la gymnastique verbale pour traîner Flaxou au cinéma.)

(« Mais en fait, d’une certaine manière, on peut dire que ‘The Imitation Game’ c’est du post-apo, parce que ça se passe pendant la guerre, et aussi, on peut dire qu’il y a des aliens, parce que Benedict Cumberbatch joue dedans. »)

Bref bref.

Tout ça pour dire que j’avais pas beaucoup d’attentes devant ’12 Monkeys’… et j’ai été déçue quand même.

Déjà, on commence par le plus flagrant : l’histoire n’est pas originale.

Et pas seulement parce qu’elle est adaptée du film ‘L’Armée des Douze Singes’, qui est lui-même adapté d’un autre film, ‘La Jetée’ (qui est lui-même adapté de… nan j’déconne c’est tout). Mais même sans ça, la trame de « Je vais dans le passé pour sauver le futur », c’est vu, revu, et re-revu. Et du coup, toutes les intrigues de la série sont elles aussi vues, revues et re-revues.

(« Je reviens dans le temps pour te rencontrer, mais en fait on s’est déjà rencontrés, mais on s’est rencontrés dans ton futur qui est mon passé, du coup tu n’as aucune idée de qui je suis », STEUPLAIT, copyright Marty MacFly, quoi.)

Ensuite, les acteurs ont l’air de se faire chier (mais quand on voit les dialogues qu’on leur donne, c’est plutôt compréhensible), et les effets spéciaux font un peu trop série B, même pour une série SyFy.

Mais la grosse faute de ’12 Monkeys’, c’est que leur logique temporelle PUE DU CUL.

Alors je veux bien être magnanime : c’est vrai que c’est compliqué de saisir les tenants et les aboutissants du voyage dans le temps. C’est un principe extrêmement casse-gueule si on n’a pas un doctorat en thermodynamique, d’autant qu’il existe plusieurs écoles concernant la manière dont le voyage pourrait marcher.

Je vais essayer de te résumer ça de manière extrêmement simplifiée :

D’une part, on a l’école de la ‘timeline mobile’, ou de ‘l’effet papillon’ : quand je voyage dans le passé, mes actions ont des conséquences directes sur le futur (soit je créé un futur parallèle quand je change un élément du passé, comme dans ‘X-Men : Days of Future Past’ ; soit il n’y a qu’une seule timeline et je réécris l’histoire directement, comme dans ‘Retour vers le Futur’).


D’autre part, on a l’école de la ‘timeline immobile’ : le passé est une ligne fixe, et donc les actions commises par le voyageur temporel faisaient déjà partie de l’histoire – c’est ce qu’on trouve dans le premier ‘Terminator’, ou dans la série des ‘Harry Potter’.


En plus de ça, on a environ quarante mille différentes écoles de pensée qui se fixent par-dessus, ce qui fait que, selon les principes auxquels tu souscris, tu peux affecter le passé ou non, affecter le futur ou non, être ton propre grand-père, te tuer toi-même dans le passé mais être quand même vivant dans le futur, bref, c’est du gros n’imp.

Donc je peux comprendre que ce soit difficile d’envisager tous les paradoxes et tous les soucis causés par le voyage temporel. Et je peux comprendre que certaines œuvres de fiction se mélangent les pinceaux entre ce qui est possible et impossible dans la ligne de conduite qu’elles se sont choisies.

Mais quand même, quand on fait une série CENTRÉE sur le voyage dans le temps, c’est plutôt craignos de faire n’importe quoi.

Et là, la série est partie sur le principe de « On change les règles du voyage temporel selon ce qui nous arrange ce soir », et ça me TUE.

Genre Cole nous bassine depuis le début de la série avec l’histoire que, s’il réussit à stopper l’épidémie, il disparaîtra pour toujours (mais il sera vivant dans une autre timeline), et ensuite il créé une timeline où il se fait tuer avant de pouvoir remonter le temps, et… non, ça va, fausse alerte, tout est nickel.

(NIQUE. LA. LOGIQUE.)

Donc je suis prête à pardonner beaucoup quand il s’agit de continuité, parce que moi-même je suis pas une experte en la matière, mais là, quand tu combines ça aux défauts de base de la série, c’est trop pour moi.

(En attendant, j’ai prévu de voir le film, apparemment il est mieux.)

(Et y’a Brad Pitt jeune dedans, que demande le peuple ?)



How to Get Away with Murder


Une série que j’ai aussi arrêtée à mi-chemin de la saison 1, parce que merde, les gars, on est en 2016 maintenant, faudrait voir à arrêter de nous prendre pour des jambons, vous croyez pas ?

‘How to Get Away with Murder’, c’est ni plus ni moins qu’un copier-coller de ‘Docteur House’, mais avec des avocats à la place des médecins. Et ‘Docteur House’ à l’époque était déjà un copier-coller des ‘Experts’, mais avec des médecins à la place des flics.

(Je continue, ou t’en as déjà marre ?)

Donc : STOP.

Arrêtez de sortir la même série depuis quinze ans avec une couche de maquillage bâclée dessus.

Aérez le recoin moisi qui vous sert de cerveau, et faites-nous du NEUF, bon dieu!


(Tout est dit.)



Jane the Virgin


‘Jane the Virgin’ est l’adaptation US d’une telenovela sud-américaine.

Qu’est-ce qu’une telenovela ? Ravie que tu me le demandes.

Une telenovela, c’est ce qu’on appelle aux États-Unis un ‘soap opera’, et qu’on appelle en France ‘les feuilletons à ta mamie’. C’est typiquement des séries à rallonge, au scenario invraisemblable, avec deux décors, trois bandes-son, et environ quarante mille personnages (et, si on a de la chance, un ou deux bons acteurs, qui poireautent là en attendant qu’on leur propose un meilleur rôle ailleurs).

Les telenovelas/soaps/feuilletons, c’est typiquement le genre de séries où tu entendras des phrases comme « Non Stacy, tu ne peux pas épouser cet homme ! », « Tiffany, je suis en réalité ton frère jumeau caché » et autres « Mon dieu, Rick, je te croyais mort dans une avalanche ! ». C’est aussi des séries qui se centrent sur les relations amoureuses entre les personnages (et où il y a force triangles amoureux – pour les rebondissements).

On peut citer comme exemples connus ‘Les Feux de l’Amour’, ‘Les Jours de Notre Vie’ (en VO ‘Days of Our Lives’, le fameux soap de Joey Tribbiani), ‘Plus Belle la Vie’, ou encore ‘Grey’s Anatomy’.

Et donc, ‘Jane the Virgin’ suit l’histoire de Jane, une jeune femme qui a fait le vœu de rester vierge jusqu’au mariage, mais se fait accidentellement inséminer artificiellement avec le sperme de Rafael, son patron/crush secret/playboy millionaire, qui a eu un cancer des testicules et dont c’est la seule chance d’avoir un enfant. Elle décide donc de jouer les mères porteuses, mais finalement commence à tomber amoureuse de lui, et découvre aussi que la femme de Rafael est une vénale manipulatrice qui ne veut que son argent, ah oui et y’a aussi une histoire de l’hôtel de Rafael qui sert de plaque tournante pour faire blanchir de l’argent de la drogue, et le gars qui est en charge de l’enquête c’est le fiancé de Jane qui est flic, et est-ce que je vous avais dit que c’était la sœur de Rafael qui avait accidentellement inséminé Jane parce qu’elle est alcoolique, et qu’elle a une relation lesbienne secrète avec la nouvelle femme de son père ?

(Et c’est même pas la moitié du premier épisode.)

Bref, tu l’as compris, cette série est GRATINÉE.

Et pourtant, ça reste assez sympa à regarder, parce qu’on joue justement sur les clichés du genre – à l’image du narrateur omniscient qui s’insinue dans le récit (et s’amuse beaucoup des situations rocambolesques dans lesquelles se dépêtrent les personnages) ou encore du personnage de Rogelio de la Vega, le père caché de Jane, qui est…acteur de telenovela.


(Telenovelaception !)

Alors évidemment, la série souffre des tares habituelles des séries pour ados/jeunes femmes, et notamment de moment tellement culculs que ça en devient presque des Shōjo japonais, parce qu’on a au moins cinq minutes bien sirupeuses par épisode : déclarations passionnées sur fond de guitare acoustique, sérénades au clair de lune, tendres baisers sous les étoiles, STOP OVERDOSE DE ROMANCE.


Mais au final, ce n’est pas tellement ces petits défauts qui m’ont fait arrêter ‘Jane the Virgin’, parce que je trouvais quand même la série fun. En fait, c’est un travers purement américain qui m’a fait jeter l’éponge : à savoir que la série est beaucoup, beaucoup trop LONGUE.

Sérieusement, on est sur est un format standard (40 minutes par épisode, donc le double d’un sitcom) et la première saison fait 22 épisodes. Ca fait QUINZE HEURES de contenu pour une saison !

Et ce format est complètement suicidaire, pour deux raisons :

D’une part, c’est beaucoup demander aux scénaristes que de fournir quinze heures de programme, et, avec les séries de ce format, l’histoire se retrouve quasiment toujours diluée pour faire durer l’intrigue (HEUMHEUMDesperateHousewives).

(D’ailleurs ça arrive des fois même chez les sitcoms.) (HEUMHEUMHowIMetYourMother)

D’autre part, c’est beaucoup demander aux spectateurs que de trouver quinze heures de libre pour se farcir une saison entière – d’autant qu’on consomme à peu près cent fois plus de séries aujourd’hui qu’il y a dix ans. Alors, oui, on pouvait trouver le temps de regarder 15 heures de Docteur House en 2005, quand on suivait seulement une ou deux séries de front. Mais de nos jours, on arrive facilement à huit ou dix séries.

(Et ça, c’est pour les gens modérés, qui ont une vie.)

(Moi j’en suis à trente.)

(Et Sarah, tu veux même pas savoir.)

Donc, à mon sens, le format 22 épisodes est complètement passé de mode. C’est une relique d’un temps où on n’avait rien d’autre – ou rien de mieux – à regarder.

Mais de nos jours, pourquoi s’acharner encore à privilégier la quantité sur la qualité? Même les nouvelles sitcoms de 20 minutes font souvent 12 ou 13 épisodes par saison, parce que C’EST SUFFISANT. On n’a pas besoin de plus. Les chaînes télés sont tellement bourrées de séries à s’en fait péter l’élastique qu’on a toujours au moins un programme de qualité à regarder dans l’année – même pendant les périodes creuses de Noël ou de juillet-août.

(Merci Netflix, notre sauveur.)

(Tu es béni entre tous les services de streaming, et Orange is the New Black le fruit de tes entrailles est béni.)

Même d’un point de vue purement financier, c’est risqué de saturer le paysage audiovisuel avec une seule série, parce que l’audience ne va pas forcement rester fidèle au poste. Crois-moi, si ‘Jane the Virgin’ avait été une série de 12 épisodes, je l’aurais pas laissé tomber. (J’ai suivi des séries plus mauvaises que ça juste pour voir comment ça finirait.) (HEUMHEUMDowntonAbbey)

Bref, on finit sur la dernière série qui m'a achevé cette année:


The Walking Dead


Alors là faut te préparer psychologiquement, parce que ça va blâmer sévère.

‘The Walking Dead’, c’est la série qui avait bien démarré, et qui est progressivement devenue tellement mauvaise que ça fait environ trois saisons que je me demande pourquoi je la regarde encore.

(Réponse : Darryl Dixon.)

Et ça m’attriste, parce que franchement, quand on revoit la saison 1, c’était un joyau!

Une série post-apo réaliste, avec des zombies super bien foutus, mais qui ne faisait pas dans l’horreur ou dans les jump scares du pauvre, mais se concentrait à la place sur les rapports humains, et donnait lieu à des réflexions profondes : Peut-on encore faire confiance aux gens dans un monde où il n’y a plus de lois ? Y a-t-il encore de la place pour l’altruisme ? Doit-on prendre les décisions en commun ou se fier à un meneur ? Peut-on recréer la société telle qu’elle était?

C’était BIEN, merde !

Seulement, on a ici affaire à un scenario qui était bien ficelé au départ, et qui a gentiment glissé vers le ‘port nawak jusqu’au point de non-retour.

Et dieu sait que j’ai pardonné beaucoup de choses, dans cette série – notamment le fait que PRESQUE TOUS LES HÉROS DEVRAIENT ETRE MORTS, parce que c’est les pires tanches en matière de survie.

Petit récapitulatif de ces génies de l’apocalypse :

LOL on crame des palettes avec de l’essence, on s’en bat les couilles ! C’est pas comme si c’était une denrée rare dont on avait besoin pour être mobiles!


(HASHTAG MALIN.)

LOL on a des hectares de terre et trente couillons, si on faisait pousser juste deux pieds de haricots pour nourrir tout le monde?


(GENIUS.)

- Trop cool on est dans une prison, bien protégés !
- Faudrait pas entretenir les barrières ?
- Naaaan, qu’est-ce qu’on risque ? À part une horde de zombies qui pourrait la faire s’écrouler en deux-deux, je vois pas.


(LOL ON A FÉ DÉ RENFORCEMAN) 

Et, surtout, le truc qui me tue : à chaque fois que ces clampins trouvent un coin où s’installer, PERSONNE NE PENSE À CREUSER DES DOUVES.

Mais les douves c’est tes meilleures alliées en temps de post-apo !

J’veux dire, les gars du Moyen Age (qui est quand même la période la plus teu-bé de l’histoire), ils avaient déjà compris ça ! Comment est-ce qu’il y a pas un seul pékin qui y a songé dans tout votre pays ?

(Surtout dans la dernière saison, quand ils ont un ARCHITECTE sur place, et que le gars il a pensé à faire des murs renforcés, mais PAS DES DOUVES BORDEL DE MERDE !)

Alors que là, vous êtes tout plein de gens, vous avez des pelles, c’est vite fait ! Tu fais une fosse autour du périmètre, profonde de trois mètres, au fond tu fous des pieux taillés en pointe, et t’es protégé à la fois contre les zombies ET contre des tentatives d’invasion ! C’est magique !

(En plus comme ça, tu peux utiliser les gens qui n’ont plus besoin de monter la garde et leur faire renforcer les barrières, cultiver des légumes, et apprendre des bases de premiers soins au lieu de rester PLANTÉS COMME DES ASPERGES AVEC LES DOIGTS DANS LE CUL.)

Bref bref.

Tu vois que je m’énerve déjà, et là on ne parle que des soucis de logique survivaliste pure, on n’a même pas encore commencé à effleurer le n’imp du scenario.

Un exemple typique : le degré de danger que représente les zombies change selon les besoins du jour.

Des fois, ils sont tout plein, et ça passe comme une lettre à la poste.

(Après, c’est sûr que ça aide d’avoir le cheat code pour les munitions illimitées, n’est-ce pas Herschel ?)

Et d’autres fois, y’a un survivant surentraîné qui se fait buter par un zombie tout seul.

(Normal.)

Et encore, ça, je peux pardonner.

MAIS CE COUILLON DE PRÊTRE.


CETTE PUTAIN DE FACE DE PET.



DONT LA STRATÉGIE DE SURVIE CONSISTE À MARCHER UN PEU VITE.



OU À SE METTRE EN PLS DANS UN COIN.



COMMENT EST-CE QU’IL N’EST PAS ENCORE MORT ?



(UN DOIGT DANS TON RECTUM.)

Bref, je commençais déjà à en avoir jusque-là avec la série. Surtout qu’on était partis dans un effet boule de neige malsain à base de :

- Bon, là ils ont échappé à une horde de 100 zombies. Dans la saison suivante, je veux qu’ils affrontent une horde de 200 zombies !
- Mais ça va être compliqué quand même…
- Et dans la saison suivante, MILLE ZOMBIES !
- Mais comment est-ce qu’ils pourraient s’en sorti…
- MILLE RAILS DE COKE !
- OKAY !

Chaque saison devenant un peu plus abracadabrantesque que la suivante, j’étais déjà plus ou moins en train de me dire que j’allais laisser tomber le jour où ils tueraient Darryl.

(Mais je pense que si ça arrive un jour, y’aura des émeutes.)

Et puis est arrivée la goutte d’eau, AKA la fausse mort de Glenn.

Pour rappel: AMC nous avait fait mourir Glenn dans un épisode bien chargé en pathos.... pour le ramener deux semaines plus tard avec le scénario le plus N'IMP du monde.


Et là, j'ai décidé que je ne pouvais plus continuer à regarder une série qui me prenait à ce point pour une conne.

Alors sincèrement, ça m’a fait mal au cœur de voir mourir Glenn. (C’était quand meme mon troisième personnage préféré.) En plus c’est pas un mec badass super fort au combat comme Darryl ou Michonne, mais il s’en sort toujours parce qu’il est malin et débrouillard – en fait, j’aime tellement Glenn parce que c’est l’un des rares gars du groupe qui MÉRITE de survivre. C’est crédible, il a du sang-froid, il est rapide et agile, il sait rester prudent – oui, okay, je veux bien croire qu’en cas d’apocalypse de zombies, ce mec-là resterait en vie.

(En tout cas certainement plus longtemps que quelqu’un comme moi.)

(Parce que j’ai le savoir post-apo, les douves et tout, mais bon, je peux pas courir un mètre sans me faire un point de côté, donc voilà.)

Alors je ne vais pas dire qu'une partie de moi n'était pas ravie de le savoir finalement vivant.

Mais en fait NON. Glenn, je t'aime, mais tu devrais être mort, y'a même pas à calculer.

T'étais littéralement enseveli sous une horde de zombies assoiffés de sang, va pas me faire croire que c'est une POUBELLE MAGIQUE qui t'a protégé, merde quoi! 

A ce stade, j'ai décrété que je considérerais désormais 'The Walking Dead' comme une série qui se passe dans un univers parallèle – un univers où les lois de la physique sont différentes des nôtres, et où les gens son plus ou moins tous des surhommes immortels.

(Glenn est désormais connu dans notre famille sous le nom de Glenn Le Survivant.)

(Et on chante "Glenn, survivant de l'enfer" dès qu'il apparaît à l'écran).

Alors je glane encore des coups d’œil à droite et à gauche quand Fla regarde les derniers épisodes, et honnêtement, chaque seconde du what the fuck que je vois à l'écran me conforte dans l'idée que c'était une bonne idée d'arrêter cette série.

(Surtout avec les cliffhangers à la mords-moi-le-noeud dont on nous gratifie.)

(Han là là, nos héros démunis face à une horde de trois mille zombies. Je me demande bien comment ils vont réussir à tous s'en sortir sans une égratignure. Le suspense est à son comble. Réveille-moi quand il se passera quelque chose.)

Voilà, j'en ai fini avec mon Top & Flop des séries 2015.

Maintenant, à toi de me donner ton avis: quelles séries as-tu adoré/détesté cette année? 

(Dis-moi tout, je veux des recommandations.)

(J'ai fait de la place dans mon planning, je peux encore caser dix-douze nouvelles séries.)

(Facile.)