samedi 15 avril 2017

Une vraie, une dure, une tatouée (bis)


Et donc je me suis fait faire un tatouage.


J'en avais déjà fait un pour mes 20 ans, en 2008 donc (bouhou je suis si vieille) – un petit phénix sur l'épaule gauche. Et je l'adore toujours malgré le temps qui l'a délavé, et malgré le fait que PAS UNE SEULE PERSONNE EN NEUF ANS n'a réussi à comprendre ce que c'était:

- Oh c'est joli ce tatouage! C'est une...grenouille?

- Mais non Sylvie, tu vois bien que c'est un lézard!
- Ah? Moi je croyais que c'était une tortue.
- Peut-être une salamandre?




(Franchement, presque.)

Et depuis pas mal de temps, je voulais me faire un deuxième tatouage (et, si possible, moins cryptique). J'avais comme projet de me faire un tatouage à thème "Nouvelle-Zélande", comme en plus c'est le pays du moko, mais je l’avais repoussé maintes fois, d’abord faute d’argent, et ensuite parce que mon corps a décidé que ce serait fun de me faire cosplayer Michael Jackson (comme si j’étais pas déjà assez blanche comme un cul) et donc je me suis mise à faire du vitiligo dans tous les sens.

(Pour rappel, le vitiligo, c’est quand des morceaux de ta peau perdent leur mélanine – en gros, t’as des taches albinos qui apparaissent un peu à la n’imp nawak sur ton corps.)

Et le vitiligo, c’est pas dangereux ni douloureux, c’est juste pas gégé niveau esthétique. Parce qu’on n’a pas tous des taches symétriques qui ont l’air hyper classe :



(On n’est pas tous non plus des mannequins ultra bonnasses, mais c’est une autre histoire.)

Apres, j’habite dans le pays du non-jugement depuis quelques années, donc ça fait longtemps que j’ai fini de m’en battre les couilles de mon apparence (cf. mes excursions au supermarché en short-pyjama, tongs et pull troué) (et encore, j’ai pas osé les pieds nus). Mais le dermato m’avait déconseillé les tatouages, rapport au fait que le vitiligo kiffe se fixer sur le tissu cicatriciel – tissu qui se créé quand on se blesse...ou qu’on se fait faire un tatouage.

Du coup, pendant deux ans, j’ai fait super attention à ma peau. J’évitais le soleil, je couvrais la moindre croûte de pommade cicatrisante, et j’avais laissé tomber l’idée du tatouage.

Sauf qu’entre-temps, j’ai quand même eu du vitiligo qui m’a poussé sur le corps comme des champignons albinos (en mode une égratignure = une tache) alors au bout d’un moment j’ai dit fuck it.

Et comme en plus on avait décidé de rentrer en France et que je voulais un souvenir de mon pays d’accueil, j’ai mis les hésitations au placard, et j’ai googlé « Bon studio de tatouage à Auckland, genre pas ceux qui t'inoculent la rage merci ».

Et c’est comme ça que je suis arrivée sur le site de Sunset Tattoo, et que je suis tombée amoureuse des designs de Tristan Marler.






(J’veux dire, voilà quoi.)

J’avais déjà une vague idée de design, qui était de me faire tatouer un kauri, parce que c’est mon arbre préféré en Nouvelle-Zélande et dans mon top 5 de mes arbres préférés au monde.

Anecdote : quand j’ai parlé de mon idée à mes amis néo-zélandais, tout le monde m’a fait la remarque :

- Mais QUI a des arbres préférés ?


Et j’ai envie de répondre : qui n’a PAS d’arbres préférés ?


Moi j’ai un classement top 10 de toutes les choses au monde que j’aime, et ça inclut les saveurs de chips, les accents de la langue anglaise, les chansons de Pink Floyd, les sauces pour pâtes, les groupes de power metal, les épisodes de Game of Thrones, ET LES ARBRES.


(Pour les curieux, la liste complète est 1. Saule pleureur, 2. Marronnier, 3. Bouleau, 4. Sapin, 5. Kauri, 6. Peuplier, 7. Frêne, 8. Pohutukawa, 9. Platane et 10. Hêtre.)

Bref bref.

Du coup, je suis allée voir Tristan pour une consultation, qui s’est passée à peu près comme ça :

- Alors, qu’est-ce que tu voudrais comme tatouage ?

- Je voudrais un kauri.
- Non. Autre chose ?



J’étais un poil déçue, mais ensuite le mec m’a expliqué que les arbres c’était pas un design recommandé, puisque de 1. Il fallait les faire très grands pour que ça rende bien au niveau des détails, et que de 2. Même grands, au bout de quelques années, les contours des branches/feuilles allaient s’estomper et se rentrer dedans, et ça deviendrait flou et moche.

Du coup, comme j'avais quand même envie d'un tatouage qui resterait joli plus de deux ans (d'autant que je prévoyais de le faire sur le bras, qui est quand même une partie du corps plutôt visible) j'ai décidé de faire plus large dans l'idée "souvenir de Nouvelle-Zélande" et de me faire tatouer un paysage néo-zélandais.

J'ai donc dit à Tristan:

- Alors il faut qu'il y ait au minimum un volcan et une cascade.

- Pas de soucis.
- Et aussi le bush, et un lac.
- Heu...
- Oh! Et un long nuage blanc. 
- Oookay.
- Mais je veux pas que ça soit trop grand, hein.

Et tu sais quoi? Il l'a fait.


Je suis retournée au studio deux semaines plus tard, et il avait un design tout prêt avec exactement ce que j'avais demandé, et même un peu plus ("j'ai rajouté des roches volcaniques, c'était classe").

Par contre, le design initial était un peu grand (du coude à l'épaule) et j'avoue que ça avait l'air super badass mais j'étais pas prête émotionnellement à devenir une nana qui a un-demi bras tatoué. Dans ma tête, ça impliquait trop de jeans troués et de bottes de motard pour avoir l'air raccord, et même si c'est un look que j'adore, dans la vraie vie de tous les jours j'ai un travail où le code vestimentaire est plutôt genre "jupe tailleur et petits souliers vernis", c'est pas le même délire, on en conviendra.

Du coup, on a raccourci un peu le truc, et on l'a fait partir d'un chouïa plus bas, histoire de couvrir la tache de vitiligo sur mon coude.



(Puisque, comme je savais toujours pas si le tatouage n'allait pas créer PLUS de vitiligo, je me suis dit "autant commencer par un endroit déjà affecté".)

C'est donc le coeur plein d'entrain et l'estomac plein de pancakes que je me suis rendue au studio de bon matin (10h) (ben oui mais le week-end c'est de bon matin je trouve) le premier avril.

(La date aura son importance dans l'histoire plus tard.)

Je suis arrivée et j'avais même pas eu le temps de dire bonjour qu'on m'avait déjà chopé le bras et rasée sur toute la longueur.


(MAIS?)

Enfin je sais qu'il y a des petits poils, mais si on m'avait prévenu à l'avance, je les aurai épilés!

(Maintenant ça va repousser tout dru et j'aurai des poils de barbe sur le bras, PAS MERCI.)

Et puis Tristan m'a collé le pochoir sur le bras, je suis allée l'admirer dans le miroir pour valider l'emplacement, et puis il m'a dit "installe-toi confortablement", il m'a fait une clé de bras, et il m'a charcutée sans un mot pendant trois heures.

(Je me rappelle avoir pensé au bout d'une heure que c'était quand même bien dommage d'avoir oublié de prendre mon walkman.)

Je m'attendais à souffrir sérieusement, mais au final, c'est de l'ennui que j'ai surtout souffert – ma position (allongée sur le ventre avec le bras retourné le long du corps) rendait la chose plus inconfortable que douloureuse.

Bref, ça faisait deux heures que j'étais sur le billard, et j'étais en train de me dire que woh, eh, Charlotte, franchement tu gères ça comme un guerrier barbare, même pas mal ni rien, du sang de Viking coule dans tes veines ma championne.


Et là, on est passés sur le coude.




Je dois avouer que j'ai quand même un peu morflé la dernière heure – pas de la douleur insoutenable, mais Tristan devait quand même me plaquer le bras le long du corps pour pas que je tressaille. 

(En gros, c'était pas de la douleur à crier ta mère, mais c'était de la douleur à gémir très doucement "Pourquoiiiii? Pourquoi tant de cruautééééé?")

Au bout de trois heures, j'ai enfin eu le droit de me dégager de la clé de bras, de m'asseoir et de boire un verre d'eau, puis d'aller admirer très vite le résultat final avant que Tristan ne m'enroule le bras dans du cellophane.

Le résultat final était un peu rouge (et un peu saignant vers le coude, qui avait pas mal morflé) mais tout de même MAGNIFAÎQUE:


(Vise un peu!)

J'avais dit à personne dans ma famille que j'allais me faire faire un tatouage, vu qu'ils sont plutôt hostiles à ce genre de trucs (surtout quand c'est sur une partie du corps exposée aux regards) et que j'avais surtout pas envie de me taper le laïus que je sentais venir du côté maternel:

- Mais Charlotte, pense au vitiligo, bla bla bla complètement inconsciente, bla bla bla et pour trouver un travail respectable, bla bla bla et tu sais j'ai lu qu'on peut attraper le sida, etc.


Donc, comme ils étaient tous à l'autre bout du monde, je me suis dit que je les mettrai juste devant le fait accompli, comme ça ce sera trop tard pour dire que c'était une mauvaise idée.

Là où j'ai beaucoup rigolé, c'est que, comme je te l'ai dit plus haut, je me suis fait faire le tatouage le premier avril – détail qui m'avait échappé sur le coup, mais qui a donné sans que je le veuille le meilleur poisson d'avril que j'aie jamais fait:

- Alors quoi de neuf chez vous?

- Eh bien en fait, aujourd'hui, je suis allée me faire tatouer!
- Ha ha! Poisson d'avril!
- Hein? Non non, sérieusement.
- Elle est bien bonne celle-là!
- Non, mais regarde, je te montre à la webcam.
- Dis donc, c'est bien fait, on dirait presque un vrai!

Les têtes de ma famille au moment où ils ont réalisé que c'était pas une blague, c'était magique.




(Un peu comme ça.)

Ce qui était moins magique, c'était la réaction de ma mère:

- Bon maman, je sais que tu n'approuves pas, mais je me suis fait faire un tatouage...

- Non! Charlotte! Mais le vitiligo....
- Mais ça va, maman, ça fait une semaine et il n'y a aucune trace....
- Mais le dermato avait bien dit que c'était une mauvaise idée! C'est complètement inconscient! Et sur le bras en plus! Comment tu vas faire pour trouver un travail respectable?
- Eh ben je mettrai un pull, écoute maintenant c'est fait...
- Tu sais que j'ai lu qu'on pouvait attraper l'hépatite B dans les salons de tatouage?

(Bon, mes prédictions étaient justes à 90%.)

Et, si l'enthousiasme de ma famille était, disons, plutôt tiède, mes amis et mes collègues de bureau ont bien rattrapé le coup, à coups de "ouaaah trop canon meuf!" et "j'adore ce design, il est si beau" et "han t'es si courageuse, ça a dû faire tellement mal!"



(Moi arrivant au boulot toute la première semaine.)

Niveau soins post-tatouage, c'était plutôt minimal, j'avais juste une crème cicatrisante à étaler sur la surface de la peau trois fois par jour, et l'interdiction formelle de gratter ou de frotter les croûtes.

Ce qui était plutôt facile les 3-4 premiers jours, sauf qu'ensuite la cicatrisation s'est vraiment mis en marche, et là, CA DÉMANGEAIT, t'imagines même pas.

C'était d'autant plus horrible que:

1. J'ai aucun self-control et je me gratte toujours comme un chien avec ses puces (croûtes, piqûres de moustiques, je les gratte systématiquement jusqu'au sang)

2. Le tatouage est sur mon bras, AKA l'endroit super facile d'accès pour se gratter.

Vers la fin de la première semaine, ça démangeait tellement, et j'avais tellement peur de gratter le tatouage dans mon sommeil, que, je l'avoue, j'ai dormi quelques nuits avec une chaussette sur la main gauche.


(Glamour total.)

Mais au final, ça valait totalement le coup, puisque de 1. aucune trace de vitiligo (YES) et de 2. mon tatouage est enfin cicatrisé, et il est aussi beau que dans mes rêves:



On a donc, de bas en haut: un lac, une cascade, le bush d'un côté et des roches volcaniques de l'autre, un volcan en haut, et le long nuage blanc pour la symbolique.

(Le nom originel de la Nouvelle-Zélande est Aotearoa, "le pays du long nuage blanc" – ao = nuage, tea = clair et roa = long).

Morale de l'histoire: je suis très contente de mon tatouage, qui a l'air super cool, et ça fait plaisir d'avoir enfin un tatouage où les gens arrivent à dire ce que ça représente – même si, là encore, y'a des accrocs:

- Oh il est joli ton tatouage Charlotte! Ça représente quoi?
- La Nouvelle-Zélande.
- Ah bon? Mais c'est juste un paysage, ça représente rien! 
- ....
- Non, si tu voulais vraiment représenter la Nouvelle-Zélande, t'aurais dû faire un kiwi, ou une fougère.

OU J'AURAIS PU FAIRE UN BURGER A L'AVOCAT EN TRAIN DE SE FAIRE SODOMISER PAR UN MOUTON, MAIS EST-CE QUE CA T'AURAIT EMPÊCHÉ D'OUVRIR TA GRANDE GUEULE KAREN?

(Non, je crois pas, non.)


Question de fin d'article (ça m'intéresse): est-ce que tu as des tatouages? Si oui, pourquoi et que représentent-ils?

samedi 8 avril 2017

Cher pays de mon enfance


Et donc Flaxou et moi on rentre en France.

Ça a été une décision très difficile à prendre, et on a passé plusieurs mois dans l’incertitude (sachant que ça faisait plus ou moins cinq ans qu’on était dans l’incertitude de base) à faire des aller-retour émotionnels :

- Putain de bouchons! J’ai mis UNE HEURE à faire HUIT KILOMÈTRES ! Je serais LITTÉRALEMENT ALLÉE PLUS VITE A PIED !
- PAYS DE MERDE !
- ON SE CASSE !

Le lendemain :

- A midi je suis allée manger avec mes collègues et le patron du restaurant est venu s’excuser parce que la bouffe avait mis 30 minutes à arriver. Et du coup il nous a offert tout le repas !
- Haaan mais ce pays est tellement génial !
- CES GENS SONT TELLEMENT COOLS !
- ON RESTE !

On a fini par peser très sérieusement le pour et le contre de la Nouvelle-Zélande (avé un tableau et tout) et on est arrivés à un match nul :

Pour
Contre
Pas de pollution
Les transports puent du cul
Eau du robinet super bonne
Le système scolaire est pourri
Gens sympas
Pas de crèches publiques
Tout le monde est relax
Congés maternité mon cul
Les Kiwis sont moins racistes
Sérieusement, les transports c'est la misère
Les Kiwis sont BEAUCOUP moins sexistes
Système de santé aux fraises
Ces paysages mon Dieu laisse-moi mourir
Options shopping LOL (cé koi la mode?)
Y'a tellement de place partout
Options fromages et Kinder misérables (pas de Bueno, non mais sérieux)
Les rues sont ultra propres
Acheter une maison à Auckland même pas en rêve
Jamais besoin de faire un créneau
Trouver du travail hors d'Auckland même pas en rêve
La courtoisie au volant
300 balles pour un plombage ce foutage de gueule
Personne ne juge l'apparence des autres
Personne ne comprend Flaxou au téléphone
Criminalité quasi nulle
Les films internationaux sortent trois mois après tout le monde (quand ils sortent)
Jamais à plus d'une heure de la plage
Même la putain de farine coûte 4 dollars c'est quoi le deal avec ces prix?

Au final, c’est l’argument qui revient depuis le début qui l’a emporté, à savoir : je ne peux pas envisager d’avoir des enfants loin de ma famille, et Flaxou ne peut pas envisager de ne pas avoir d’enfants dans les trois prochaines minutes.

(Sérieusement, son horloge biologique est HORS DE CONTRÔLE.)

Donc, comme Sarah et Flo (le frère de Fla) se marient en juin et qu’on serait venus de toute manière vu qu’on est tous les deux témoins, on s’est dit allez hop, on prend un aller simple et c’est marre.

Et, si la décision était difficile à prendre, t’imagines même pas comme l’annonce a été dure.

Evidemment, on s’attendait à ce que ce soit difficile d’annoncer la nouvelle à nos amis Kiwis :

- Bon les filles, j’ai une nouvelle importante à vous annoncer…
- T’es enceinte !


- En fait, Fla et moi, on a décidé de retourner vivre en France.
- … Parce que t’es enceinte ?

(Non, toujours pas, non.)

Alors bien sûr, c’était compliqué de gérer les réactions de tout le monde, entre les amis compréhensifs :

- Vous allez nous manquer, c’est sûr, mais on est quand même super contents pour vous !

Et les amis…. différents :

- Salut Amber !
- Salut JUDAS.

(Je travaille à un mètre de cette meuf.)

(Les prochains mois vont être longs.)

Donc c’était une pilule un peu difficile à avaler, particulièrement pour mes copines du boulot, qui redoutaient un peu mon remplacement :

- Qui va nous offrir du chocolat ?
- Qui va toujours avoir des sparadraps sur soi ?
- Qui va nous bassiner tout le temps avec des anecdotes super rasantes ?


- Mais je croyais qu’elles te faisaient chier, mes anecdotes, Amber.
- OUI ELLES ME FONT CHIER MAIS APRES J’APPRENDS DES TRUCS UTILES.

(Je le savais !)

La, on est au décompte M-2, et c’est arrivé au stade où j’ai même plus besoin de mentionner que je m’en vais pour que tout le département s'énerve – maintenant, elles le font toutes seules :

- Eh Charlotte, tu sais l’endroit ou on achète les sushis ?
- Oui ?
- Eh ben je suis passée à côté aujourd’hui et ils viennent d’ouvrir un studio de yoga! C’est cool non? On pourrait arranger un truc pour y aller de temps en temps après le boulot ah non merde c’est vrai tu t’en vas RAH PUTAIN POURQUOI JE TE PARLE SALE LÂCHEUSE TU M’ÉNERVES !



(Ooookay.)

Donc oui, c’était une annonce difficile à faire du côté néo-zélandais.

Mais en fait, on n’avait pas réalisé que ce serait une annonce difficile à faire même du côté français :

- Alors voila tout le monde, j’ai une grande nouvelle…
- T’es enceinte !
- Non.
- Ooooh.
- Mais je rentre en France !
- Ah mais c’est super !
- …
- Donc t’es vraiment pas enceinte du tout, c’est sûr ?


(Vous me le dites si je vous fait chier, hein.)

Et c’était encore mieux avec ma mamie, qui me bassine depuis que je suis partie à grands coups de guilt-trips comme elle en a le secret :

2013 :

- Tu rentres quand ?
- Pour Noël.
- Mais alors tu seras pas là pour mes quatre-vingts ans? Tout le monde vient exprès... sauf toi.


2014 :

- Tu rentres quand ?
- Noël prochain, et je serai là jusqu’à janvier !
- Seulement un mois ?


2015 :

- Tu rentres quand ?
- Pour l’anniversaire de papa.
- Ah, oui. J’espère que je serai encore vivante.



2016 :

- Tu rentres quand ?
- Mamie, je suis pas encore repartie.
- Oui mais tu nous manques déjà….



Alors là, j’étais aux anges de pouvoir lui en boucher un coin lui annoncer la bonne nouvelle :

- Bon mamie, j’ai une super nouvelle, JENESUISPASENCEINTEMAIS je rentre en France en juin !
- Ah c’est bien. Papy et moi on est allés dans les Ardennes.
- T’as entendu ? Je rentre en France !
- Oui c’est super. On est allés voir Gilbert et Pierrette, je leur avais préparé une choucroute, ils étaient ravis !
- Je… je rentre pour de bon cette fois-ci, tu sais ! T’es contente ?
- Oui très contente. Alors j’ai dit à Pierrette, je te donnerai la recette, et Gilbert a dit, tu veux pas plutôt m’épouser, ça irait plus vite ! Ah, on a rigolé !


Donc, pour résumer :

1. On rentre en France.

2. Tous nos proches Néo-Zélandais sont tristes qu’on parte.

3. Tous nos proches Français s’en battent les couilles qu’on rentre.

VOILA VOILA.

Bon alors bien sûr, j’exagère (ma famille n’est pas composée QUE de gros ingrats).

Sarah était très contente, la grand-mère de Flaxou a pleuré de joie, sa mère est partie en cris supersoniques, même mon père a dit « Je suis très content » (ce qui est quasiment gênant d’effusion).

J’ai annoncé la nouvelle à ma mère sur Skype quand elle était en train de repeindre le couloir de l’entrée, et elle est allée direct OVER THE TOP :

- Tu vois, ce couloir, eh bien maintenant ça restera pour toujours et à jamais mon endroit préféré de la maison.
- Je…
- Chaque instant où je franchirai cette porte sera un souvenir de ce moment de pur bonheur.
- D’acc…
- Chaque seconde que je passerai dans ce couloir sera illuminée par cette nouvelle.

(Je me demande d’où je tiens ma tendance à l’emphase, dis donc.)

J’ai pas pu annoncer la nouvelle à ma sœur directement parce que c’est une femme des cavernes qui vit sans Internet mais elle était suffisamment réjouie par la nouvelle pour lever le ban sur le marrainage qu’elle avait décrété quand j’ai annoncé mon départ – j’ai donc eu le grand plaisir d’être officiellement nommée marraine du nouveau bébé Emma.

(En plus j’ai bien fait de louper le coche la première fois, parce qu’il paraît qu’elle est vachement plus cool que sa sœur le tyran.)

Au final, même ma mamie a fini par rejoindre les rangs à coups de coups de fil tous plus choupi les uns que les autres :

- Salut mamie, ça va?
- Salut mon lapin, oui ça va bien. La nuit dernière j'ai rêvé de toi!
- Ah bon?
- Oui, j'ai rêvé que tu étais rentrée à la maison, et je te faisais une tarte aux myrtilles.
- ...
- Après je me suis réveillé et j'étais triste, parce que tu rentres en juin et ce sera pas la bonne saison. Mais je suis allée voir dans le congélateur et il me reste des myrtilles de l'année dernière, alors ça va!


(Merci mamie.)